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Imprimer cette page 17-11-2005 16:57
Catherine Chabaud et Pascal Berteaud - Photos : Pascal Tournaire et ministère de l’Ecologie

L’eau, ressource épuisable ? Catherine Chabaud et Pascal Berteaud ont dialogué en direct avec les internautes

Catherine Chabaud, navigatrice et journaliste, et Pascal Berteaud, directeur de l’Eau au ministère de l’Ecologie et du Développement durable, ont répondu en direct, mercredi 23 novembre 2005, aux questions des internautes.

Ce forum, ouvert depuis le 26 septembre dernier, a d’ores et déjà recueilli près de 400 messages sur les thèmes proposés : eau et santé, eau et rareté, eau et nature, eau et vie économique.

Il s’est déroulé en complément de la consultation nationale sur l’eau, organisé par le ministère de l’Ecologie et du Développement durable afin de déterminer les futures orientations de la politique de l’eau en France.

La vidéo de l’intervention

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Le script de la discussion

Pascal Berteaud : Bonjour.
Catherine Chabaud : Bonjour.

Animateur : Catherine Chabaud, pouvez-vous vous présenter rapidement ?

Catherine Chabaud : Bonjour. Je suis navigatrice et journaliste. J’ai longtemps couru au large et j’ai arrêté la compétition il y a quatre ans, pour me consacrer à un projet autour de l’environnement maritime. Un projet de bateau de reportage, qui consiste à mettre en lumière les actions qui sont menées pour l’environnement maritime. Consultez le site : www.reporterbleu.com. Mon métier d’origine, c’est journaliste. Je fais une émission sur Europe 1, une chronique environnement, le jeudi matin à 6 h 45.

Nicolas : Ça consiste en quoi exactement, directeur de l’eau ?

Pascal Berteaud : Bonjour. Je suis haut fonctionnaire et directeur de l’eau au ministère de l’Ecologie. Sous les ordres de la ministre de l’Ecologie, je suis chargé d’essayer de concevoir l’ensemble de la politique de l’eau au niveau national, pour faire que tout le monde bénéficie d’une eau propre en quantité suffisante.

Président : Est-il possible de savoir qui consomme l’eau ? Et qui la pollue ? Particuliers, entreprises... ?

Pascal Berteaud : Tout le monde consomme de l’eau. On prélève 34 milliards de mètres cubes d’eau par an sur 200 milliards d’apport dans le milieu naturel. Nous utilisons chacun environ 120 à 150 litres d’eau par jour. C’est assez impressionnant. Et tout le monde la pollue. Nous d’abord, bien évidemment, chacun d’entre nous, pour évacuer l’ensemble de ses déchets. Mais aussi les industries, les agriculteurs... L’ensemble des acteurs utilise l’eau, la traite, la pollue... Quant aux principaux pollueurs, cela dépend du type de pollution dont on parle. Sur la pollution organique, cela vient surtout des habitants. Sur les problèmes de nitrates, de phosphates, c’est surtout une pollution de l’agriculture. Les pollutions chimiques viennent plus de l’industrie. Mais les industriels font un effort qui fait que la pollution devient inférieure.

Alexandre : Quelles actions sont mises en œuvre pour diminuer le risque de pollution des eaux par les pesticides ?

Pascal Berteaud : Les pesticides, c’est un risque de pollution majeur dans l’eau, avec des molécules de plus en plus puissantes qu’on a du mal à suivre parce qu’elles mutent. Les mesures prises en compte, c’est une homologation des produits, comme les médicaments, c’est tester pendant cinq ans ce que les produits vont donner... En matière de recherche, c’est aussi la possibilité d’arriver de permettre à l’agriculture de produire en utilisant moins de pesticides.

Dominique Guizien : Pourquoi le principe pollueur payeur ne s’applique-t-il pas avec la même intensité, entre d’un côté les ménages et de l’autre les agriculteurs ? L’exemple récent de l’évolution du prix des carburants est là pour montrer que le porte-monnaie est souvent la voie de la sagesse...

Pascal Berteaud : Je crois qu’aujourd’hui, le principe pollueur payeur s’applique. Simplement, ce qui a été mis en oeuvre au niveau européen, c’est un principe de la récupération des coûts. Cela a fait l’objet d’un accord entre les 25 pays membres. Chacun doit contribuer à hauteur des coûts des pollutions qu’il génère et de sa capacité contributive. Il faut arriver à l’adapter, mais c’est bien un principe qui est appliqué.

Mimi72 : L’eau du robinet en France est-elle vraiment de bonne qualité ? Comment en être sûrs ?

Pascal Berteaud : Mimi72 peut avoir confiance, l’eau du robinet en France est potable. Elle est surveillée. Les communes et les entreprises privées qui distribuent l’eau sont tenues de faire des contrôles tous les jours. C’est ce qui explique que parfois, on a des coupures d’eau. Les problèmes de pollution sont dans le milieu naturel, plus que dans le robinet. Après, il y a des problèmes de goût. En matière bactériologique, depuis le plan Vigipirate, on est obligé de chlorer un peu plus l’eau, pour être sûrs que des personnes mal intentionnées ne versent pas des mauvaises choses dans l’eau. Mais il suffit de laisser l’eau s’aérer un peu pour qu’elle perde ce goût chloré.

Karine : L’eau de votre verre est une eau minérale ou du robinet ?

Catherine Chabaud : Je crois que c’est de l’eau minérale.

Pascal Berteaud : Ce n’est pas bien car l’eau de Paris est très bonne. On peut la boire sans problème.

Catherine Chabaud : Je reviens à la question : par quoi les eaux sont-elles polluées ? Nous sommes tous liés par l’eau. Je me suis intéressée au domaine maritime, mais aussi à l’eau douce, car tout revient à la mer. Les pollutions, qu’elles soient chimiques, ou macro déchets, reviennent le long du littoral. En Bretagne, les agriculteurs et les pêcheurs sont liés par l’eau. Il faut qu’ils travaillent ensemble. On parlera après de sensibilisation et de solutions, j’espère, dans ce chat.

Paula : Catherine Chabaud, est-ce votre expérience de navigatrice qui vous a sensibilisé à la question de l’eau ? Qu’avez-vous constaté au cours de vos voyages ?

Catherine Chabaud : D’abord, je crois que j’ai été sensibilisée par mes parents. Je crois beaucoup à la sensibilisation et à la pédagogie. Mes parents m’ont toujours dit qu’il ne fallait rien laisser sur la plage ou dans la nature. Et c’est vrai que lorsqu’on va au large, je peux vous dire que c’est très impressionnant de voir en plein milieu de l’Atlantique des bouteilles en plastique ou des nappes de dégazage. Quand je fais de la plongée sous-marine, je vois aussi beaucoup de déchets (plastiques, carcasses de voitures, pneus...). Cela me met en colère. On se demande comment ça arrive là.

Robert : Est-ce qu’il y a des contrôles en mer pour lutter contre ces dérives ?

Catherine Chabaud : Concernant les dégazages ou déballastages, les préfets envoient des patrouilles. Mais je crois qu’il faut prendre les pollueurs en flagrant délit, et c’est là toute la difficulté.

Pascal Berteaud : Le droit maritime est un droit international, qui date souvent d’il y a longtemps. C’est vrai qu’il faut surveiller, donc des avions patrouillent, et il faut prendre les gens en flagrant délit. L’an dernier, 17 bateaux ont été arraisonnés.

Catherine Chabaud : Dans le midi de la France, une association de pilotes amateurs appelée Intervention s’est rendue compte que, du ciel, ils avaient bonne vue sur les nappes de dégazage et sur les sites de concentration des macro déchets. Ils les filment et transmettent aux autorités. C’est intéressant de voir que des citoyens lambda apportent aussi leur contribution dans ce repérage.

g2bruce : Peut-on dire que l’eau est un un or bleu au même titre que l’on parle d’or noir pour le pétrole ?

Pascal Berteaud : Je pense que de plus en plus, dans le futur, ce sera le cas. L’eau, c’est la vie, comme le disait Catherine. L’eau, c’est le lien entre l’ensemble des activités. On le voit au niveau international, les fleuves « partagés » sont l’objet de tensions. L’or bleu, oui, aujourd’hui, et surtout demain.

Catherine Chabaud : L’eau on y pense pour notre consommation, mais dans l’eau il y a la vie, c’est là qu’elle se reproduit, que ce soit sur les rivières, dans toutes les zones humides, ou le littoral. Il y a par exemple des bactéries dans les grands fonds qui pourraient remplacer des résines qu’on utilise, dérivées du pétrole, pour fabriquer des composites. L’eau est source de richesses, et donc oui, c’est de l’or.

Robert : Vous parliez des agriculteurs. Ne pourrait-on pas les inciter à développer des culture qui consomment moins en eau ? Par exemple pas de maïs mais plutôt des cultures qui consomment moins d’eau en cas de sécheresse ?

Jean-Paul : Pourquoi laisse-t-on les producteurs de maïs arroser en permanence leurs récoltes, alors qu’il y a une surproduction ?

Pascal Berteaud : Ce sont des évolutions qui se font, pas d’une année sur l’autre, mais sur plusieurs années. Après la seconde guerre mondiale, on a demandé aux agriculteurs un effort de productivité très fort pour nourrir le pays, donc des techniques se sont développées en conséquence. Cela a fonctionné, mais dans certains endroits on a trop demandé à la terre. Il va falloir faire évoluer cela, en l’adaptant aux contraintes locales. Par exemple, en Poitou-Charentes, depuis huit ans, les agriculteurs sont soumis à des restrictions d’eau chaque été. Ils sont donc les premières victimes de ce système.

Anne : Pourquoi ne pas inciter les personnes à récupérer l’eau de pluie, pour la stocker en réservoir (aide de l’Adème par exemple), et s’en servir pour les WC, lave-linge, arrosage des jardins ? Certains pays européens le font (Belgique)...

Marina : Pourquoi ne pas obliger les collectivités territoriales et les particuliers à installer des récupérateurs d’eau de pluie (cuves, citernes enterrées...) pour l’usage courant tel que chasses d’eau, arrosage des jardins et surtout piscines ?

Catherine Chabaud : J’ai restauré une maison, où j’ai installé une cuve, mais qui pour l’instant ne me sert à rien car il me faut un système de double canalisation pour utiliser l’eau récupérée dans les sanitaires. Il faut que les gens qui travaillent dans le bâtiment soient formés à ces systèmes. Je trouve évident qu’il faut récupérer l’eau de pluie. On commence à le faire dans les pays en voie de développement.

Pascal Berteaud : Il y a des questions de formation, et des questions techniques aussi. Récupérer l’eau de pluie et la stocker, oui, mais comment gère-t-on les éventuels problèmes sanitaires derrière ? Le gouvernement souhaite favoriser ce type de dispositif.

Robert : Ne risque-t-on pas d’avoir dans les prochaines années des restrictions individuelles pour préserver les réserves naturelles ?

Pascal Berteaud : Cela a déjà été le cas en 1976. Notre priorité n°1, c’est la fourniture d’eau potable sur le réseau. Avant qu’on coupe l’eau potable, il faudra qu’on ait coupé tous les autres usages. Cela dit, cet été dans certaines régions, on a pas été très loin de coupures sur certains réseaux d’eau potable. Je pense à des villes de 40 à 50 000 habitants, ce qui est considérable.

Catherine Chabaud : Avant de couper, c’est bête car on le dit tout le temps, il faut faire attention à ce qu’on consomme, quand on se lave les mains, les dents... Il y a beaucoup de monde à convaincre de cela. Les gens n’ont pas conscience de l’importance de ces gestes d’économie parce qu’ils pensent que ce ne sont que quelques gouttes, quelques verres, mais c’est très important.

Pascal Berteaud : Pour survivre, il faut 20 litres par jour. Pour vivre, il faut 50 litres. Et on en consomme 150 litres.

Catherine Chabaud : Sur un bateau, on boit de l’eau dessalinisée. C’est très bon. Il faut simplement ajouter quelques minéraux dans l’alimentation car il n’y a plus les oligo-éléments de l’eau. Et on arrive à se doucher avec 1 litre !

Christian : L’eau, c’est la vie, pourquoi ne pas d’ores et déjà développer l’eau salée (mer) grâce à la technologie, en eau claire pour l’utilisation quotidienne (lavage voiture arrosage jardin etc) et préserver ainsi l’essentiel pour le consommable ?

Perto : Pourquoi la déssalinisation de l’eau de mer n’est pas à l’ordre du jour dans l’économie durable ?

Catherine Chabaud : C’est une voie intéressante de dessaler l’eau de mer. Je ne connais pas les chiffres.

Pascal Berteaud : Cela pose deux difficultés. D’abord, c’est cher. Encore qu’avec la progression des technologies, dessaliniser l’eau, cela revient au même prix qu’aller la chercher avec des canalisations sur des centaines de km. Et second problème, cela coûte beaucoup d’énergie, donc c’est un souci pour l’effet de serre. Ce sont des solutions qui peuvent tout à fait être intéressantes, dans certains endroits.

Jane-Maryse : Pourquoi n’y a-t-il pas davantage d’investissements dans des usines de dessalinisation sur le littoral, sachant que le niveau d’eau des mers et océans augmentent ?

Pascal Berteaud : On ne manque pas d’eau sur la terre. Le problème, c’est qu’il n’y a que 1% de cette eau qui est douce et pas sous forme de glace, donc utilisable immédiatement. Le problème, c’est que l’eau pèse lourd et ne se transporte pas facilement, donc il faut la trouver près de là où on en a besoin.

Bertrand : Comme pour beaucoup de sujets "nouveaux", il est extrêmement important de communiquer sur le sujet pour changer les habitudes. Quels sont les moyens que vous utilisez ou allez utiliser pour informer, responsabiliser et éduquer les citoyens, collectivités et entreprises sur le sujet de la gestion des ressources en eau ? Il faut donc éduquer les Français, quels seraient les moyens du ministère ?

Pascal Berteaud : On va communiquer de plus en plus, je crois. Il y a un premier axe très fort sur les enfants au niveau des écoles. Je suis persuadé que c’est comme cela qu’on en sortira. Il faut une communication récurrente assez forte, chaque année. Il faut aussi être capable de demander aux gens ce qu’ils pensent. A travers ce forum, c’est un bon début. On espère ainsi arriver petit à petit à faire changer les comportements.

Dof : Où trouver la meilleure eau pour le pastis ?

Catherine Chabaud : Je ne bois pas de pastis !

Pascal Berteaud : L’important c’est de mettre les glaçons après l’eau, pas avant.

Olefriec : Quelle est la part de de l’hydroélectricité par rapport à la production globale d’électricité en France ? En sachant que le nucléaire représente 78 % environ.

Pascal Berteaud : Oui, c’est une ressource énergétique importante. En France, c’est 16 %. Il y a de très beaux complexes hydroélectriques. C’est une énergie tout à fait propre : il n’y a pas d’effet de serre. Mais cela empêche les poissons de remonter dans l’eau. Donc il faut trouver un équilibre entre les enjeux écologiques et énergétiques.

Catherine Chabaud : Il est important que l’Etat agisse, et les grandes entreprises aussi. Mais je m’intéresse beaucoup à la micro-hydroélectricité. J’ai un ami montagnard qui vend des micro centrales hydroélectriques, qui fonctionnent sur des petits cours d’eau, pour deux ou trois maisons. Je pense que c’est important aussi que localement, on adapte les solutions.

Pascal Berteaud : Là-dessus, je pense qu’il faut faire assez attention avec la micro hydroélectricité. A un moment, il ne faut pas qu’on ait un désastre écologique sur les rivières pour gagner de l’énergie renouvelable.

Catherine Chabaud : Bien sûr, il faut que ce soit contrôlé.

Brigitte : Le problème de l’eau est forcément mondial... Comment le résoudre alors que les Américains consomment à eux seuls 1/4 de l’eau potable de la planète et ne veulent pas changer leurs modes de consommation ?

Pascal Berteaud : L’eau, problème mondial, oui. Il y a aujourd’hui un peu plus d’un milliard de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable. Cela signifie en clair que ces personnes boivent en fait une eau polluée ou contaminée qui les rend malade. C’est un vrai problème mondial, car c’est une des premières causes de mortalité dans le monde. L’Onu s’en saisit, des actions sont menées. L’eau est une ressource locale, de toute façon, les Américains n’importent pas d’eau. Compte tenu du poids de l’eau, avant qu’on importe et qu’on exporte, il se passera quelque chose.

Robert : Les lieux publics pourraient montrer l’exemple avec des systèmes de goutte à goutte pour les jardins publics, de robinets qui s’arrêtent automatiquement, etc...

Pascal Berteaud : Il a raison. Il faut que les pouvoirs publics montrent l’exemple.

FC : Pourquoi est-il si difficile en France (autorisation administrative) d’avoir le droit de mettre une citerne pour récupérer les eaux de pluie ?

Pascal Berteaud : La difficulté, c’est d’utiliser deux réseaux d’eau différents, c’est là où on peut avoir vite des problèmes.

Catherine Chabaud : Mais si c’est suivi par des professionnels...

Pascal Berteaud : Cela pose de vraies questions de formation et d’encadrement. On va inciter à cela à partir de l’an prochain. Des pays ont de bons résultats dans ce domaine, comme Chypre par exemple.

Catherine Chabaud : La récupération des eaux des pluies est certainement une bonne solution d’avenir pour un grand nombre de pays.

Jeandb : Pour quoi pas récupérer l’eau de pluie dans le sol pour recharger les nappes phréatiques et filtrer l’eau en réduisant les inondations ?

Pascal Berteaud : Il y a de multiples solutions pour, en gros, d’une façon ou d’une autre, capter l’eau, la stocker en hiver, et essayer de la restituer l’été. Que ce soit en nappes, en barrage, etc. Il n’y a pas de réponse générique sur un débat pour ou contre les barrages. Chaque projet doit être analysé à l’aune de certains critères. Premier critère à prendre en compte : l’effet écologique est-il bon ? Deuxième critère : le critère économique. Quel est le coût ? On peut corriger la nature, cela a été fait de tout temps, mais il y a des limites. Techniquement, on saurait produire des orangers dans le nord de la Finlande sous serre, ou de la canne à sucre en Andalousie, mais à un moment, il y a des limites de coûts.

Catherine Chabaud : On n’est pas forcément dans une situation de pénurie, mais d’eaux polluées. Il existe des démarches pour retrouver la qualité de l’eau. C’est l’objectif de ce plan européen à horizon 2015. Je connais un maire d’un petit village du nord de la France au bord d’une rivière, qui a fédéré les communes en amont. Ils ont réussi à retrouver une belle qualité des eaux car ils ont travaillé ensemble, cherché où il pouvait mettre des stations d’épuration, etc. Autre exemple : dans le Morbihan, un spécialiste du plancton montre le plancton aux agriculteurs et aux pêcheurs, et leur montre que la vie en mer se reproduit devant leurs champs. Ils ont réussi à retrouver une bonne qualité des eaux sur la rivière d’Ethel en revenant à une agriculture moins chimique. Cette opération CAP2000 a eu du succès, ils sont montrés en exemple dans toute la Bretagne aujourd’hui. Ce genre d’action est possible.

Pascal Berteaud : Je crois qu’effectivement, il se fait beaucoup de choses. Chaque année, environ 5 milliards d’investissements sont mis pour la dépollution. Il y a un formidable défi qui est la directive cadre européenne, qui fait qu’on s’est engagé à avoir un bon état des eaux d’ici 2015. Donc il y a tout lieu d’être optimiste.

CityzenKaneFS : Notre pays aurait pu manquer cet été d’eau potable. Si les précipitations et la qualité de celles-ci ne sont pas au rendez-vous cet hiver, n’est il est pas urgent de prendre des mesures radicales et adéquates pour l’été prochain et les années suivantes, immédiatement ?

Pascal Berteaud : La question pratique risque fort de se poser à compter de février prochain, particulièrement dans l’ouest de la France. Depuis le mois de juillet, il ne pleut pratiquement pas. Donc, si cela continue, on arrivera à la période d’été avec un niveau très bas. Il faudra prendre des mesures radicales, des restrictions surtout sur l’irrigation, qui représente environ 50 % de l’eau consommée. C’est gérable si les agriculteurs sont prévenus suffisamment à l’avance, notamment quand ils décident de leurs semis. La sécheresse commence en gros en février. Les prévisions météo ne nous permettent pas de savoir ce qui se passera, mais on sera obligé, en février, si d’ici là il n’a pas beaucoup plu, de commencer à avertir les agriculteurs qu’il risque d’y avoir des restrictions pendant l’été. On doit dire aux gens : si vous plantez du maïs, en juillet, il y a de fortes chances que vous ne puissiez pas l’arroser.

Catherine Chabaud : La solution est alors de leur suggérer de planter autre chose ?

Pascal Berteaud : Oui, des cultures qui consomment moins d’eau, ou à d’autres moments de l’année. Il faut arriver à diversifier les cultures. Ce n’est pas qu’il ne faut pas faire du maïs, mais il ne faut pas en faire partout et au même endroit.

Pipo : Le président Chirac fait de très beaux discours sur l’écologie, mais derrière, on a l’impression que les moyens ne suivent pas et que le ministère de l’Ecologie est un peu le laissé-pour-compte du budget... Avez-vous les moyens de travailler ?

Pascal Berteaud : Quant on est directeur de l’eau, on est un peu chargé des 7 plaies d’Egypte... Entre la pollution, la sécheresse, les inondations, les marées noires, évidemment, on a toujours l’impression qu’on n’a pas assez de moyens. Cela dit, l’environnement, ce n’est pas seulement l’affaire du ministère de l’Ecologie, mais de l’ensemble des ministères. Avoir plus de moyens, cela suppose aussi de pouvoir les mettre en oeuvre. Si aujourd’hui on doublait les moyens d’un coup, je ne suis pas sûr qu’on pourrait les employer car il n’y aurait pas forcément les entreprises pour faire les investissements...

Gontran02 : Comment est calculé le prix du m3 d’eau chez le consommateur, il m’a été précisé qu’une loi ( ?) déterminait le prix de base ? Merci.

Pascal Berteaud : L’eau est un service public industriel et commercial. Quand vous payez l’eau, vous devez payer les charges du service. Il y a un budget où on a tous les coûts, et on divise par le nombre de mètres cubes consommés, et chacun paye. Il y a aussi une partie fixe. Le prix peut être très différent d’un endroit à l’autre, car dans certains endroits, l’eau est facilement captable. Dans d’autres cas, il faut aller la capter loin, mettre une usine de traitement importante... C’est ce qui explique la différence de prix au mètre cube, qui peut aller de 1 à 10. Le débat, c’est de savoir si tout doit être proportionnel au nombre de mètres cubes consommés, ou s’il doit y avoir une partie fixe. Dans le débat sur la loi sur l’eau, le Sénat a souhaité que cette part fixe soit encadrée.
Les agriculteurs, eux, ne consomment pas de l’eau potable. Ils prennent leur eau dans le milieu naturel, dans les rivières ou avec des forages. Ils paient une redevance à l’agence de l’eau, moins importante que celle des particuliers d’ailleurs.

FC : Certains agriculteurs ont créé des étangs artificiels qui se remplissent avec l’eau de pluie pour stocker l’eau et arroser leur culture après, ils sont actuellement taxés sur leur pompage dans leur étang, vous trouvez ça logique ?

Catherine Chabaud : De quelle région est-il ?

FC : J’ai toujours fait du maïs et du tournesol sans irrigation ça marche très bien, pour mon compte, il suffirait de supprimer cette prime à l’irrigation qui n’a plus lieu d’être...

Pascal Berteaud : Vaste débat sur lequel je ne me prononcerai pas ! Bien sûr, quand il a fait sa réserve, cela va lui permettre d’irriguer. Mais cette eau n’ira pas dans la nappe. Le principe de pollueur payeur, c’est que chacun contribue à hauteur de ce qu’il prélève dans le milieu naturel.

Gérard : En milieu rural pourquoi rejeter une eau épurée dans la rivière, qui est moins propre, alors que créer un réservoir, un étang de pêche serait bien utile. Il pourrait servir de point d’eau pour la faune et de réservoir d’eau en cas de sécheresse.

Pascal Berteaud : L’eau épurée est rejetée dans la rivière, mais du coup, elle vient alimenter la rivière et peut être reprise par la station d’épuration plus loin. Si toute l’eau prélevée dans la rivière n’était pas restituée au milieu naturel, la restriction serait plus forte. Par rapport à la question du circuit fermé, on en est assez loin quand même. On va essayer de favoriser la réutilisation des eaux usées pour l’arrosage. L’eau à la sortie de la station d’épuration, ce n’est pas de l’eau potable. Il ne faut pas se faire d’illusion. On sait faire de l’eau potable avec de l’eau usée, mais c’est essentiellement dans les vaisseaux spatiaux, avec une technologie qui a un coût important qui n’est pas ce qu’on peut se permettre.

Catherine Chabaud : Dans le milieu de la plaisance, on cherche à traiter les eaux usées en direct sur nos bateaux, surtout les eaux noires (toilettes) et les eaux grises (vaisselle qu’on lave, pollution chimique). Des concours sont lancés pour essayer de trouver des solutions. Malheureusement, les bateaux restent souvent longtemps au port, et quand les gens utilisent leur bateau comme une caravane, rejettent leurs aux usées, cela peut avoir un impact sur le milieu. On réfléchit beaucoup là-dessus. La plaisance, ce n’est rien du tout par rapport à l’agriculture, mais on s’intéresse à ce sujet. Dans le port, normalement, on a l’interdiction d’utiliser nos toilettes, ou de faire sa vaisselle dans le bateau, mais tout le monde le fait.

Robert : Est-ce que l’on ne risque pas à terme d’avoir des fluctuations de prix en fonction des sécheresses ?

Pascal Berteaud : Des fluctuations de prix, non. En France, ce qui est vendu, c’est le service consistant à vous amener l’eau, à la traiter. L’eau en elle-même est un bien gratuit. Pour parer la sécheresse, il faudra certainement faire de plus en plus d’investissements, et cela se traduira sur le prix de l’eau.

Robert : Est-ce que les produits d’entretien de type Maison verte par exemple respectent réellement mieux l’environnement et polluent moins l’eau ?

Catherine Chabaud : J’espère ! Quand on en achète, on espère.

Pascal Berteaud : Cela va-t-il assez loin ? Les phosphates dans les lessives domestiques, ce sera interdit à partir du 1er juillet 2007. Mais il y a d’autres produits dedans. Donc il y a une réflexion à mener sur le sujet. Donc, oui, les produits verts sont plus écologiques, mais ont quand même un impact sur l’environnement.

lapaute : Pourquoi ne pas favoriser fiscalement les usagers qui installent des récupérateurs d’eau pluviale pour leur usage domestique (lavage, arrosage, WC, etc.) ?

Pascal Berteaud : La carotte fiscale est un des moyens qui peut être utilisée, mais elle a un coût, donc à un moment, il y a une balance à faire entre les deux. Ce n’est pas exclu.

Catherine Chabaud : Ce serait incitatif. Je ne peux pas répondre à votre question... J’ai dû installer une citerne, j’ai racheté une ancienne ferme. Je pense que c’est mieux bien sûr. C’est comme pour les pompes à chaleur, c’est ce que j’ai installé chez moi. Je ne suis pas encore en circuit fermé, je n’ai pas d’éolienne, j’aimerais avec mes voisins qu’on soit équipés d’une éolienne. Le soutien fiscal ne doit pas empêcher chacun de se sentir responsable. Je n’ai pas besoin de me poser la question et de savoir la pression qu’on met aux agriculteurs et aux industriels pour avoir envie d’agir. Bien sûr, cela me coûte de l’argent. Ma pompe à chaleur, je vais mettre huit ans à l’amortir. Mais je fais un calcul sur du long terme. C’est important d’être soutenus par des pouvoirs publics, par les collectivités locales, par l’Etat, mais c’est il faut d’abord se sentir responsable et agir soi-même.

Bertrand : "L’eau un droit et non un privilège" Que pensez-vous d’une possible constitutionnalisation du thème de l’eau ?

Pascal Berteaud : C’est un sujet qui fait largement débat au niveau international. La difficulté, c’est de se demander ce qu’on met derrière ce droit à l’eau ? Si cela signifie “la puissance publique doit me fournir gratuitement de l’eau potable”, c’est un droit qui est totalement hors de portée. La communauté internationale s’oriente plus probablement vers une définition du type “la puissante publique doit me permettre de vivre correctement, à travers un accès à l’eau”.

Merci à tous pour vos questions.



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