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Imprimer cette page 12-12-2006 00:00
Azouz Begag. Photo : AFP

Azouz Begag a répondu aux internautes sur la diversité dans l’emploi

Le ministre délégué à la Promotion de l’Egalité des chances a participé à un chat, le 12 décembre, sur forum.gouv.fr.

Cet échange marque la fin du premier tour de France de la diversité. L’événement, qui s’est déroulé du 9 octobre au 14 décembre, a fait étape dans vingt villes afin de sensibiliser les entreprises aux enjeux de la diversité dans l’emploi.

-  Voir le dossier complet, sur le site egalitedeschances.gouv.fr

Le chat est venu en outre clore le débat Comment faire progresser l’égalité des chances ?, ouvert le 29 juin 2006 à l’occasion la Conférence nationale pour l’égalité des chances.

Les internautes y étaient notamment invités à s’exprimer sur l’égalité des chances dans les domaines de l’éducation et de l’emploi et sur la lutte contre les discriminations.

La vidéo du chat

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Le script du chat

Animatrice : Monsieur le ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances, bonjour. Pour commencer, pouvez-vous rappeler ce qu’est le Tour de la France de diversité, que vous venez d’achever ?

Azouz Begag : D’abord, vous faites bien de rappeler que je suis ministre de la Promotion de l’égalité des chances, et pas de l’égalité des chances. Ma mission, c’est comme dans une mêlée de rugby, de pousser cette égalité des chances pour qu’elle s’installe au coeur du débat politique français. On peut d’ailleurs remarquer aujourd’hui qu’une campagne du Front national est lancée sur le thème de la diversité, avec une jeune fille d’origine maghrébine sur une de leurs affiches ! Même le FN monte dans le train de la diversité, c’est important de le noter. La Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations) a été installée il y a plus d’un an. 45 % des plaintes déposées concernent les problèmes d’emploi. Donc aujourd’hui, l’inégalité des chances c’est avant tout celle de l’accès à l’emploi. Le tour de France de la diversité répond à une vaste campagne de sensibilisation des entreprises, qui sont les acteurs essentiels de l’égalité des chances. Il y avait 65 entreprises signataires de la charte de la diversité quand je suis arrivé au Gouvernement, 700 avant le Tour de France lancé le 9 octobre dernier, et aujourd’hui on est à plus de 2 200 ! Nous constituons ainsi un vivier d’entreprises qui répondront de manière concrète aux demandes d’emplois, de stages, de formations, pour tous les groupes de population oubliés de l’égalité des chances : pas seulement les Noirs et les Arabes, mais aussi les femmes, les handicapés, les seniors, les jeunes de banlieue...

Christal62 : M. Begag, votre entrée en fonction a été pour la France d’en bas une bouffée d’oxygène en redonnant espoir à toute une population. Cependant, j’ai l’impression que vous êtes un instrument aux yeux des éléphants politiques, qu’en pensez-vous ?

Azouz Begag : J’aimerais bien qu’il y ait de plus en plus d’instruments comme moi dans les appareils politiques et les gouvernements, afin de retrouver un peu plus de contact entre les Français et le monde politique ! Dire que je ne suis qu’un instrument, c’est miner le moral de tous ces jeunes qui se battent au mérite, à la compétence, pour monter dans l’ascenseur social.

Fifi : La charte des entreprises, c’est bien joli, mais en quoi ça les engage vraiment ?

Azouz Begag : La charte de la diversité, c’est une nouvelle culture du recrutement. C’est dire aux entreprises que des millions de Français qui ont des compétences et des talents en ont marre d’être sur le banc de touche. Ils ont envie de bosser ! L’entreprise doit donc leur faire une place. Si une entreprise recrute des personnes issues de groupes habituellement laissés à l’écart, ce n’est pas par compassion ou œcuménisme. C’est que la diversité, c’est bon économiquement, c’est rentable.

Mounir : Il apparaît que, malgré les efforts récents, porter un nom, un prénom d’origine étrangère, est un gros handicap. Ma famille est française depuis longtemps, mais ces faits me révulsent. Les peines sont trop légères, pas assez éducatives. Pourquoi pas des travaux d’intérêt public ?

Azouz Begag : La loi existe. Pourtant, regardez à l’Assemblée nationale : la représentation nationale est-elle le reflet de notre population ? Non. On peut sensibiliser là-dessus. Et l’entreprise est un moteur de cette sensibilisation. Pas de contraintes, car il y en a déjà beaucoup.

Kadi : Depuis deux mois, je suis à la recherche d’un emploi et je porte un nom de famille qui ne laisse aucun doute sur mes origines. Comment prouver qu’un employeur ne vous recrute pas à cause de vos origines ? Pourtant les annonces auxquelles je réponds correspondent à mon profil ! ! !

Azouz Begag : Si vous partez de l’idée que vous n’y arriverez pas, vous vous autocensurez. Regardez mon site internet, ouvert en avril dernier : diversite-emploi.com Il y a déjà plus de 5 000 offres d’emploi inscrites sur ce site, hors de toute discrimination. Les chefs d’entreprise y disent : vous avez les compétences ? Vous avez la motivation ? Venez nous voir !

Samira : Etes-vous favorable à la discrimination positive ? Si oui, comment pensez-vous que les éventuels "bénéficiaires" vivraient leur situation ?

Azouz Begag : Regardez-moi, Samira. Est-ce que j’ai une gueule de discriminé positivement ? On me dit que je suis au Gouvernement parce que je suis arabe. Moi, je ne crois pas. Je suis là parce que j’ai écrit 40 bouquins, parce que depuis 1981 j’ai écrit 25 essais sur les banlieues et la diversité française, parce que j’ai milité. Je suis membre historique de la marche des Beurs en 1983... Je suis là pour mes compétences. Et il se trouve que je suis aussi fils de tirailleur algérien. Donc moi je dis : pas de discrimination positive, mais la promotion de l’égalité des chances, ça oui ! Il faut faire de l’égalité de traitement une exigence personnelle. Ne rien laisser passer en matière de discrimination et de racisme.

Mohamed Boulafrad : Cher Azouz, depuis notre rencontre à Château-Thierry, nous n’avons pas eu l’occasion de nous rencontrer. Tu vois moi, au Conseil régional de Picardie, je suis sans véritables moyens pour apporter un petit changement sous le ciel gris de la Picardie, et toi quels sont les moyens dont tu disposes ? Pas grand chose ! ! !

Azouz Begag : Moi aujourd’hui j’ai la tutelle politique de ce qui s’appelait avant le Fonds d’action sociale pour l’intégration et la lutte contre les discriminations, le Fasil. Tu le sais très bien. Aujourd’hui, le Fasil a été remplacé par l’Agence nationale de cohésion sociale et de l’égalité des chances. Elle a 500 millions d’euros, une administration, voilà ! Les moyens sont là. Mais des milliards d’euros ne changeraient rien si certains Français se disent qu’ils ne trouveront jamais de place dans la société. L’action principale à mener, c’est de sensibiliser.

Momo : Avez-vous remarqué que l’Etat vous utilise pour se démarquer de la gauche et montrer que la droite vous a nommé en tant que ministre délégué ? Alors que notre situation n’a jamais changé, nous avons toujours cette barrière sur l’emploi et le logement, et peu de postes à responsabilité.

Azouz Begag : Vous devez être de gauche ! Demandez à Ségolène Royal, pourquoi depuis 1981 à 2006, il n’y a pas eu un Arabe ou un Noir à l’Assemblée nationale du côté de la gauche ? Et moi je suis là, enfant de pauvre, d’immigré, ayant vécu 20 ans dans les banlieues, et je suis ministre ! Cela doit donner espoir à tout un tas de gens.

Clara : Que pensez-vous du CV anonyme ? C’est une bonne idée ?

Azouz Begag : Si cela peut permettre à des personnes discriminées d’avoir plus facilement accès à un entretien, faisons-le. Mais je n’y crois pas beaucoup. Les entreprises signataires de la charte de la diversité disent : si vous avez envie de bosser, et que vous avez les compétences, vos différences nous intéressent. Venez avec votre identité, et ne cachez rien. Je préfère cette démarche au CV anonyme, qui met une burka sur le CV.

Titite : Etes-vous satisfait du tour de France de la diversité ? Quels sont les objectifs du prochain, s’il y en a un ?

Azouz Begag : On a touché 7 000 entreprises, 2 200 ont déjà signé, donc oui nous sommes satisfaits. Sur egalitedeschances.gouv.fr, les entreprises peuvent signer en ligne la charte de la diversité, qu’on se le dise ! C’est un vivier pour concrétiser la promotion de l’égalité des chances.

Bonjour : J’ai 54 ans, en invalidité, et j’aimerais cependant pouvoir travailler, par exemple sur internet, car j’ai des compétences (infographisme, rédaction de manuels techniques, par exemple), mais mon statut de femme, la cinquantaine, en invalidité me bouchent tous les horizons, malgré ma formation universitaire.

Azouz Begag : Si dans votre tête vous pensez que c’est bouché, allez sur diversite-emploi.com, vous verrez qu’il existe des opportunités importantes pour trouver votre place dans une entreprise. Le 9 octobre, on a lancé notre tour de France dans une entreprise à la Courneuve qui a embauché il y a 3 mois un chef du personnel qui a 61 ans. C’est pas génial ça ? Cela donne du tonus, un sentiment de fraternité et d’énergie humaine dans l’entreprise, qui se retrouve ensuite au niveau du chiffre d’affaires.

Leila : Une étude récente montre que les plus discriminés sont les "vieux" (plus de 45 ans) et les gens d’origine maghrébine...

Azouz Begag : Exactement. C’est l’étude de Jean-François Amadieu, de l’Observatoire des inégalités. Ce sont surtout les personnes d’origine arabe, africaine et les ultra-marins, réunionnais ou guyanais, par exemple, qui sont discriminées. J’en suis très conscient, mais attention, l’âge est aussi un terrain de discrimination très important.

Bob : Avez-vous recueilli des propositions intéressantes de la part d’entreprises pour mieux intégrer les jeunes dont les parents sont issus de l’immigration ? Y a-t-il des propositions concrètes ?

Azouz Begag : Ah ben oui, partout. Des entreprises qui s’engagent sur des propositions concrètes, il y en a des milliers aujourd’hui, des milliers, j’en vois tous les jours, des entreprises qui, lorsqu’elles convoquent à un entretien, ne font plus aucune différence entre les confessions ou origines des uns et des autres. C’est très important, cette nouvelle culture, ce sont des entreprises qui ne regardent en vous que vos compétences et votre motivation à travailler. Sollicitez-les !

Radia : Monsieur le ministre, ne pensez-vous pas que la médiatisation faite autour de la diversité dans l’emploi n’est qu’une manière d’apaiser toutes ces personnes issues de l’immigration ? Ne faudrait-il pas des politiques pérennes mais durables ? Et par exemple du lobbying discret mais efficace ?

Azouz Begag : Je fais du lobbying discret mais efficace pour la République, pas pour les Arabes ou les Noirs, mais pour la France de 1789, c’est-à-dire la France de l’égalité. Je suis né dans cette France où il n’y avait pas de roi, pas de hiérarchie, pas de lien sanguin, pas de réseau. C’est la France des talents et de la promotion sociale. Cela n’a pas bien marché, quand on voit que dans les quartiers il y a 40 % de chômage, ça n’a pas marché pour les raisons que j’évoquais tout à l’heure, notamment l’absence de représentativité. Alors faisons-le maintenant ! Cessons ces arguments de "Beurs alibi" ! Il faut avancer.

Samira : A force de dire que l’échec de l’égalité des chances est dû au supposé racisme des Français vous nourrissez un réel repli sur soi. C’est l’image négative que les banlieues renvoient qui les excluent du jeu. Dites-leur qu’il faut redorer leur blason !

Azouz Begag : Elle parle du racisme des Français, mais qui sont les Français ? Moi, j’aime bien l’équipe de France de football. Même dans la tête des gens, le Français, il est blanc. Mais non. On est dans une société de liberté. C’est-à-dire avec tous les instruments que l’on a aujourd’hui, quand on a 25 dans un quartier, de pouvoir se cultiver, d’aller dans une bibliothèque gratuite. On est dans un pays super riche, on a des possibilités énormes de se réaliser. La galère, ce n’est pas dans ce pays. Alors, aujourd’hui, il faut dire aux Français qu’on a 500 000 emplois non pourvus dans ce pays ! Dans le bâtiment, les travaux publics, l’hôtellerie et la restauration, les services à la personne... il y a un marché de l’emploi qui court dons la rue pour chercher des travailleurs et en face vous avez des travailleurs qui courent après le marché de l’emploi. J’ai envie de rapprocher les deux, l’offre et la demande. On est dans un beau pays, il suffit de se redresser un peu, de faire de l’égalité une exigence personnelle pour réussir dans la vie.

Mzhou : Les Asiatiques aussi subissent la discrimination ?

Azouz Begag : Moins. Car il n’y a pas de contentieux historique entre la France et le Vietnam ou le Laos comme il peut y avoir avec les Arabes ou les Africains. Soyons francs. En revanche, quand je regarde la télévision tous les jours, en zappant sur toutes les chaînes, je vois bien qu’il n’y a pas d’asiatiques, comme s’ils n’existaient pas dans notre pays. Alors que cette composante est ô combien importante dans notre pays, surtout que dans les dix ans à venir la Chine va prendre l’ampleur qu’elle est en train de prendre. Moi, si j’avais une entreprise, je serais bien content d’avoir des Chinois, des Vietnamiens ou des Turcs pour avoir un éventail à l’exportation le plus large possible.

Aniléla : Bonjour, comment améliorer la diversité dans les TPE ?

Azouz Begag : Alors là, la réponse est très claire : très souvent, dans les petites entreprises, c’est le problème du savoir-faire. Tout ce qui est technique, les savoir-faire particuliers, je pense à l’ébénisterie, à la joaillerie, aux métiers de bouche, sont créateurs d’emploi. Dans les quartiers, tous ceux qui n’ont pas trouvé leur place dans le marché du travail traditionnel, beaucoup créent leur propre entreprise. Et là aussi je vois que le dynamisme en matière de création dans ces territoires est beaucoup plus important qu’ailleurs.

Catherine : Comment peut-on rapprocher les entreprises de ceux qui cherchent du travail ? S’il y a autant de demande ?

Azouz Begag : Nos parents immigrés, nos parents pauvres, quand ils sont venus en France, d’Espagne, du Portugal, de Pologne, du Maroc, d’Algérie, ont travaillé dans la construction de bâtiments et donc, dans les esprits, ces métiers sont dévalorisés, il faut donc revaloriser l’image de ce secteur, notamment en le féminisant. Je connais des filles qui sont conductrices d’engins sur les chantiers. J’aime bien voir ça. C’est un secteur qui se féminise, qui se diversifie. Et tout cela, ça me semble naturel, de voir la parité hommes/femmes installée partout dans notre pays.

Caroline : Que faites-vous exactement pour améliorer la situation de la femme au travail en France ? Est-ce un sujet qui vous interpelle ou est ce seulement un thème à la mode qui ne vaut pas la peine d’être traité ? SVP pas de réponse "bateau" comme nous en avons l’habitude à chaque fois sur le sujet ! Cordialement.

Azouz Begag : A la mode ? Quand on parle de 50 % de la population ? Alors là, absolument pas. Je suis très content aujourd’hui de l’action politique pour les jeunes des banlieues, pour la France républicaine. Dans mes objectifs premiers, il y a les personnes handicapées et les femmes. En 2005, quand je suis entré pour la première fois à l’Assemblée nationale, j’ai remarqué, pas qu’il n’y avait pas de noirs ou d’arabes, mais qu’il n’y avait presque pas de femmes. Moi qui toute ma vie ai été discriminé, je remarque que ce sont les femmes qui sont le plus discriminées dans la représentation. Il y a une ouverture importante actuellement, j’aimerais bien que les compatriotes aient cette ouverture d’esprit. Entre nous, les femmes ne m’ont pas attendu pour défendre leur place dans l’ascenseur social. Je donne juste un petit coup de boosteur supplémentaire pour ressouder des liens entre tous les oubliés. Personnellement, j’aime bien être entouré par des femmes dans mon travail.

Robert : Y a-t-il des sanctions possibles contre les entreprises qui pratiquent la discrimination à l’embauche ? Parfois, on a un sentiment d’impuissance et c’est important de se sentir soutenu par l’Etat.

Azouz Begag : Dans l’histoire de notre pays, en mars dernier, on a voté une loi pour l’égalité des chances sans précédent. Cela m’a choqué qu’on ait attendu mars 2006 pour faire une loi conséquente contre les discriminations, et notamment la création de la Halde. Et là je vois tous les citoyens qui avaient le sentiment d’être maltraités sur le terrain de l’égalité des chances, discriminés dans l’entreprise, qui peuvent aujourd’hui faire appel à la Halde. Si quelque chose déraille dans l’égalité des chances, il faut se manifester auprès de la Halde. Vous avez les coordonnées sur le site du ministère.

Koko : Comment éviter l’amalgame entre diversité ethnique et diversité religieuse ?

Azouz Begag : Je ne parle jamais de religion. Cela peut être un point discriminant, certes, vous avez vu l’affaire des bagagistes de Roissy. Sous prétexte que leur religion était à risque, la sécurité leur a retiré leur badge d’accès. Ils ont une action en cours. Il ne faut pas se laisser faire.

Llotfi : Doit-on imposer des quotas de Français issus de l’immigration dans les sociétés ?

Azouz Begag : Mais des quotas de quoi ? Des quotas de Kabyles ? De "Noirs noirs" ou de "Noirs gris" ? Quotas de quoi ? Qu’est-ce que vous voulez faire comme quotas ? Il n’y a pas de quotas. Ce qu’il faut faire, c’est de voir plus de gens comme Harry Roselmack à la télévision dans les années qui viennent. Et puis des femmes.
Il faut qu’on se moque du sexe ou de l’apparence physique et qu’on n’écoute que ce qu’il dit, c’est-à-dire qu’il fasse le travail qu’il a à faire. Analyser la diversité de manière à ce qu’on n’ait même plus à en parler. Imposer cette diversité aux forceps pour ne plus en parler dans cinq ans.

Nary : Je viens d’arriver sur le chat et je ne sais pas si les problèmes des travailleurs handicapés ont été déjà évoqués car les travailleurs reconnus handicapés par la Cotorep ne rencontrent pas seulement des discriminations à l’embauche mais également des discriminations à la formation.

Azouz Begag : Je crois que le Gouvernement, et mon collègue Philippe Bas, a fait un travail important pour l’emploi des personnes handicapées. Il y a de nombreuses entreprises qui ont pris en charge l’égalité des chances des personnes handicapées. Et de l’autre côté, il y a des individus qui, s’ils ont le sentiment de ne pas être considérés à égalité des chances du fait de leur handicap par rapport aux autres, peuvent également réclamer l’égalité de traitement.

Julien : Vos paroles et vos actions sont encourageantes, mais n’avez-vous pas peur que cela mette des décennies à fonctionner réellement ?

Azouz Begag : C’est comme si vous me demandiez si j’ai peur de mourir un jour. La construction du progrès social, de l’égalité, c’est une lutte sans fin. Cela n’arrête jamais parce que je crois que la ville, au fur et à mesure qu’elle gonfle, que ce soit à Rio, à Buenos Aires, à Paris ou à Lyon, la ville attire vers elle des travailleurs, des gens qui la voient comme un eldorado, et donc elle est un vivier d’inégalités. C’est donc une lutte sans fin et tant qu’il y aura des individus qui seront victimes des inégalités, tant qu’il y aura à pousser les valeurs de la république, il faudra le faire et on ira mieux.

Edm : Qu’est-ce qui, dans la mentalité des gens, cause les discriminations dans les entreprises ?

Azouz Begag : La peur. Les gens ont peur d’une personne handicapée dans l’entreprise. Ou d’une femme, qui peut partir s’installer avec son mari au bout du monde, ou faire des enfants... Une personne qui a des soucis avec ses enfants en bas âge, on se dit que c’est la galère. Un Arabe ? On pense à ce que se passe à la télévision, et puis dans les quartiers, on se dit comment voulez-vous qu’on leur fasse confiance ? Il faut casser ces préjugés et favoriser la rencontre entre les demandeurs d’emplois et les entreprises. Une fois qu’il y a la confiance dans la compétence, bonjour la diversité et finie la peur ! Les entreprises, ce ne sont pas des organismes altruistes, elles veulent gagner de l’argent. C’est le capitalisme, c’est le profit et on sait très bien que dans les cinq ans à venir il va se produire un papy-boom et qu’il faudra trouver des travailleurs. Nous serons obligés de faire appel à la main-d’oeuvre immigrée pour occuper les emplois qui ne seront pas pourvus. L’entreprise a aujourd’hui besoin des travailleurs dans toute leur diversité. Mais attention, pas seulement des travailleurs de premier niveau, mais aussi des dirigeants d’entreprise de toutes origines.

Aniléla : Manque de travail et précarité de l’emploi ne justifient-ils pas, sans les excuser, les discriminations à l’embauche ?

Azouz Begag : Le Gouvernement, avec le contrat première embauche, avait le souhait de trouver un palliatif à ces discriminations à l’embauche des jeunes. Alors, qu’est-ce que vous voulez, aujourd’hui, on est obligé de se contenter du contexte mondial, c’est-à-dire le contexte dans lequel, une entreprise française qui a le sentiment qu’elle doit se délocaliser, il faut la convaincre de rester chez nous. On a un grand combat à mener aujourd’hui, notamment sur la promotion de la recherche et développement, et de la technologie, pour faire en sorte qu’au moins la France reste un pays de premier rang et qu’on ait un gisement d’emplois dans ces domaines.

MaximeQC : Quels vecteurs de la société pensez-vous être les plus efficaces pour casser ces préjugés ?

Azouz Begag : La télévision ! Je ne sais pas, il y a 60 millions de Français qui regardent la télévision où il faut montrer sur toute les chaînes comment la diversité est nourrissante, enrichissante pour tout le monde. De manière à ce que les Français voient que c’est normal de voir dans une entreprise, et à l’Assemblée nationale, dans leur immeuble, des hommes de toutes les catégories, des hommes et des femmes, de toutes les diversités. Nous, les enfants des banlieues, on est habitué à cette diversité. Il faut que l’uniformité soit ringardisée dans les années à venir. La diversité doit être quelque chose de naturel. Nous pouvons agir sur les chaînes de télévision, puisque le Conseil supérieur de l’audiovisuel doit rendre compte des efforts qu’elles font en matière de diversité. Je ne sais pas comment vous êtes, mais quand je prends le métro, quand je marche dans la rue, je vois vraiment une France de la diversité, du mélange, et c’est étonnant de ne pas le voir en politique : au Conseil municipal, au Conseil général, régional et finalement au Gouvernement. Il faut que ce mélange soit visible partout.

Dina : Pour promouvoir l’égalité des chances, ne faudrait-il pas commencer par favoriser la mixité sociale dans les écoles ?

Azouz Begag : Evidemment. La mixité sociale dans les écoles, cela fait trente ans qu’on essaie de la faire. Quand je vois que je n’arrive pas bien à taper sur la gauche ou la droite pour marquer un but, je recherche des nouvelles entrées. Si par exemple il y a tel enfant de telle ou telle origine dans les quartiers et que les autres ne veulent pas se mélanger à lui, il faut lui donner les chances maximales pour se développer et qu’on puisse changer la donne dans les quartiers. Et notamment c’est ce que fait le ministre de l’Education nationale avec les 250 collèges qui ont pour objectif de mettre le paquet sur les collèges les plus en difficultés en matériel, en ressources humaines, en budget, pour transformer la donne. Mettons la richesse dans les lieux où elle n’existe pas. Cela veut dire donner à chaque famille la possibilité de motiver à bloc leurs enfants et qu’ils s’en sortent par l’école.

Lisa : Pensez-vous qu’il puisse y avoir une représentation effective de la diversité sans qu’il n’y ait d’élus issus de cette même diversité ? Donc ne pensez-vous pas que ce serait presque un devoir pour vous maintenant de vous porter candidat ?

Azouz Begag : Ah oui, elle a raison. Bien sûr. Franchement, j’espère bien que derrière il y en aura d’autres, des candidats, je ne dois pas rester le seul. On me dit que je suis l’Arabe de service, j’en ai marre. Je veux bien y aller, mais allez-y aussi. Venez prendre des coups avec moi. Oui, je serai candidat. Je serai candidat aux élections législatives, et puis après... Inch allah, comme on dit.

Llotfi : Je suis jeune, arabe, musulman issu d’un quartier. Malgré vos belles paroles, je n’arrive même pas à décrocher un entretien. Les politiques ne nous aident pas non plus au travers de leurs discours.

Azouz Begag : C’est la deuxième fois que vous m’écrivez. Si vous allez voir un employeur, il va vous parler de vos compétences. Il ne va pas vous parler de vos origines. Allez sur egalitedeschance.gouv.fr, ou halde.fr pour la Halde.

Anna : La nécessité de promouvoir l’égalité des chances n’est-elle pas le signe de l’échec des politiques menées depuis des décennies ?

Azouz Begag : A qui le dites-vous ! C’est exactement cela. L’ascenseur social a été installé en France en 1789. Il y a encore beaucoup d’étages à monter. Il faut d’abord l’ouvrir car il y a beaucoup de gens qui veulent monter dedans. Les politiques qui ont dit aux banlieues : nous allons faire la politique black, blanc, bleur, ce n’est pas la droite qui l’a dit, c’est la gauche de Mitterrand. Vous n’avez pas oublié la terrible tragédie de novembre 2005, la crise des banlieues. Plus de 200 millions d’euros de dégâts ! Cela veut dire que notre ascenseur social est parti en vrille. Moi, je suis un exemple d’ascenseur social réussi, mais je ne veux pas être l’Arabe qui cache la forêt ! Mon travail consiste à dire : j’ai réussi, donc vous pouvez réussir aussi. Je ne veux pas nier les graves difficultés de discriminations.

Julie : Pourquoi vous êtes dans un Gouvernement de droite ? Je vous aurais cru plutôt de gauche...

Azouz Begag : Regardez-moi dans les yeux : vous venez d’arriver sur le chat. Quand j’ai dit que depuis 1981 ils n’ont pas été capables de trouver un type comme moi... C’est la droite qui m’a fait. Elle l’a fait il y a deux ans avec Tokia Saifi, qui était secrétaire d’Etat au développement durable. Je pose une question à la gauche : comment vous avez fait pour ne pas trouver quelqu’un comme moi ? Les gens comme nous, les enfants des HLM, on n’est pas dirigés politiquement. Quand on valorise la diversité française, c’est la gauche et la droite et les Français qui en profitent. Je fais le pari que dans le prochain Gouvernement français il ne pourrait pas ne pas y avoir de ministre comme moi issu de la diversité. Je prends les paris. Ainsi qu’à l’Assemblée nationale. Et vous verrez qu’on dira encore que le fait que je suis là depuis dix-huit mois n’aura été pour rien dans ce progrès !

Nyto : Pourquoi l’égalité des chances fonctionne-t-elle sans accrocs dans les pays anglo-saxons et bien au Canada ? Je me suis rendu au Parlement et j’ai rencontré des parlementaires de toutes origines ?

Azouz Begag : La rencontre entre les différences, cela fait toujours des étincelles. Les différences créent des étincelles. Une société moderne, c’est une société qui valorise la diversité. Ce n’est pas génial au Canada ou en Angleterre, mais c’est mieux que chez nous. Ils ont fait de l’immigration une source d’enrichissement inouïe. Nous, on a toujours vécu sur le mythe du citoyen, de l’égalité et du déni de toute communauté. Mais on peut être citoyen et membre d’une communauté.

MaximeQC : Pourquoi n’a-t-on pas plus insisté sur les origines des champions sportifs ou des artistes français ? Cela ne pourrait-il pas contribuer à créer une meilleure image de la diversité de la population ?

Azouz Begag : Vous avez vu comment depuis 25 ans on voit tous les enfants issus de l’immigration à travers la télévision ? Le sport, c’est l’entonnoir naturel de la réussite de ces enfants. Mais on peut aussi rentrer à Sciences-Po. Et quand on est un bon élève dans un lycée de banlieue, on doit pouvoir se dire dans sa tête : "Pourquoi pas moi à Sciences-Po ?"Déjà, quand j’étais jeune, on ne savait pas que ça existait, l’ENAou Sciences-Po. Aujourd’hui, les gens disent : pourquoi pas moi ? Et ça changela donne.

Vince : Ne pensez-vous pas que vivre à la campagne est, pour certains, une sourced’inégalités,notamment dans l’accès aux services et dans l’accès au numérique ?

Azouz Begag : Bravo à Vince pour cette réflexion. On a de vraies galères pour emmener les enfants à l’école, jusqu’au car qui va les emmener, il faut avoir une voiture. Notamment quand on vit dans les zones d’ombre du réseau numérique, on se rend compte de l’inégalité. C’est très bien de dire qu’il n’y a pas que les gamins des cités qui ont des problèmes d’accès aux technologies. Les enfant des paysans, ce sont aussi les oubliés de l’égalité des chances. Allez-voir "Camping à la ferme", que j’ai écrit, avec Roschdy Zem. J’aime l’idée que les jeunes des banlieues aillent voir les gens des campagnes. C’est très important pour la transmission des valeurs.

Don : Bonsoir M. Begag, que pensez-vous de la médiatisation du "retour aux sources de Zidane" en Algérie ? En effet, tous les jeunes en difficulté issus de l’immigration s’identifient à lui, cela ne contribue-t-il pas beaucoup plus au communautarisme ?

Azouz Begag : Non. Mais c’est incroyable, quand je voyais la médiatisation de Zizou, je revoyais 1998, ses deux buts en finale de la Coupe du monde, c’était délirant. C’était la première fois dans ma vie que je me sentais profondément Français. L’autre fois, c’est quand Villepin a fait son discours contre l’intervention en Irak aux Nations Unies. Quand j’ai vu les représentants des Nations unies se lever pour applaudir, je me suis senti Français pour la deuxième fois. Concernant l’Algérie, la France et l’Algérie sont liées indéfectiblement. C’est bien que ce grand champion puisse tisser des liens encore plus étroits de l’autre côté de la Méditerranée.

Plopin : 2006, année de l’égalité des chances. Quel programme pour 2007 ?

Azouz Begag : L’année 2007, c’est l’année européenne de l’égalité des chances. Lors de cette année, nos amis allemands vont essayer de promouvoir la charte de la diversité sur tout le territoire de la communauté européenne. 2007 sera encore l’année de l’égalité des chances, et surtout aussi de l’installation durable, irréversible dans l’espace européen de cette valeur fondamentale qui fonde depuis toujours la formation des nations européennes, qui est celle de la démocratie et de l’égalité.

Koko : L’égalité des chances, ça veut dire qu’il y a des chances ? Le croyez-vous vraiment face à des jeunes acculturés et en échec scolaire ?

Azouz Begag : Jamais il ne me viendrait l’idée d’aller dans les quartiers et dire des choses comme cela. Justement, je mettrais autour des personnes des équipes de réussite éducative et des infrastructures pour ne pas qu’elles restent sur le bas-côté de la société. Ce n’est bon pour personne de rester sur le bord de la route.

Dina : Etre Français, en quoi cela consiste-t-il finalement ?

Azouz Begag : A pouvoir chanter la Marseillaise à tue-tête. Et puis quand on est le 14 juillet, assis à la tribune présidentielle et de voir les chars Leclerc ou les avions Rafale dans le ciel de France, et se dire : ce pays, c’est le plus beau pays du monde.

Pour conclure, n’hésitez pas à contacter la Halde si vous êtes victime de discrimination. Sur le site du ministère, il y a plein d’indications sur le travail que nous avons mené depuis 18 mois. Après-demain, il y a une grande fête de la diversité au Palais de Tokyo, à Paris. On va remettre le grand prix de la diversité à une entreprise, je ne vous dirai pas laquelle. Et à partir de lundi prochain, nous lançons un label diversité pour essayer de mettre en exergue davantage toutes les entreprises qui s’engagent dans ce beau projet.

Salim1 : Ce qui fait la force d’une nation c’est sa diversité ?

Azouz Begag : Oui. Sans aucun doute.

Merci à tous pour vos questions.



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