Interventions du Premier ministre
Imprimer cette page 15-03-2007 12:24

Allocution au Palais de la découverte

Chers amis, vous me permettrez tout d’abord de vous exprimer brièvement ma surprise. En effet, le privilège, ou en tout état de cause la charge, d’un Premier ministre l’expose plus souvent à des récriminations, des critiques, des doléances, des questions qu’à des moments comme celui que nous sommes en train de vivre, c’est-à-dire des moments d’unanimité, et pour être franc, des moments de fête. Alors, il faut peut-être rechercher l’explication dans le fait que nous sommes au cœur d’un paradoxe, puisque nous sommes ici au cœur de trois institutions, trois institutions qui s’équilibrent, qui se complètent, qui ont leur propre dynamique, leurs propres vertus et que nous fêtons une nouvelle institution, l’académie des technologies, dans un lieu qui est à la fois naturel, puisque nous sommes sous une coupole, et qui est en même temps un palais de découvertes, de confrontations avec le public, et c’est peut-être cet équilibre qui justifie que nous soyons là au bon endroit, c’est-à-dire dans un lieu vivant, dans un lieu où aucune académie n’est susceptible de céder à l’académisme, ou à la tentation académique, mais bien trouve naissance avec cette exigence suprême, celle de toute démocratie et celle de toute institution qui se respecte, c’est bien le souci de l’innovation, le souci d’avancer, d’accompagner un mouvement indispensable des sociétés modernes. Donc, nous sommes ici placés au rendez-vous de l’exigence, au rendez-vous de la question qui est bien au coeur de toute science. Et c’est pour une moi une joie de vous retrouver tous ici pour cette installation.

*

1. Avec la réunion de ces trois institutions au Grand Palais, nous disposons en effet aujourd’hui d’un grand lieu de dialogue entre la science et la société.

Chacune d’entre elles a un rôle majeur à jouer :

Le Palais de la découverte constitue depuis de nombreuses années un centre exceptionnel de diffusion de la culture scientifique et technique vers le plus grand nombre et notamment vers les plus jeunes. Il leur permet de mieux comprendre le monde qui nous entoure et de se forger leurs propres opinions sur des sujets essentiels comme le progrès scientifique, les sources d’énergie ou encore la protection de l’environnement.

Deuxièmement, l’Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie contribuera également à rapprocher la recherche scientifique de nos concitoyens. Il réunira chaque année dans un cycle de formations, plusieurs dizaines de hauts responsables issus d’horizons divers autour de questions liées à la science et à la technologie. A l’image de l’IHEDN pour la défense nationale ou de l’IHEE pour les questions européennes, l’IHEST permettra ainsi l’émergence d’un réseau de personnalités initiées au sens de la démarche scientifique qui pourront servir de relais dans la société française.

Enfin, l’Académie des Technologies s’est imposée comme un lieu d’expertise et de réflexion indispensable sur les grands bouleversements technologiques.

Rassemblant chercheurs, ingénieurs, industriels, chefs d’entreprises, elle s’exprime en toute liberté sur les questions liées aux technologies et à leurs rapports avec la société. Créée en l’an 2000 sous forme d’association, cette jeune structure et ses membres ont démontré leur utilité, leur indépendance et leur hauteur de vue.

Nous avons consacré son rôle et sa place dans la loi de Programme pour la recherche. Ce n’était que justice rendue à cette institution dont la France a besoin, à l’image des plus grands pays. Et je rends hommage au Président GUINOT qui n’a pas compté son énergie pour que cette place lui soit reconnue.

L’Académie des technologies remplit un vide dans notre système. Elle ne prend la place d’aucune autre institution. Au contraire, avec sa spécificité, elle apporte le complément d’expertise dont nous avions besoin face aux grands défis que nous devrons relever : le réchauffement climatique, la raréfaction des ressources, la démographie, le vieillissement de la population par exemple. Je souhaite que nous puissions tirer pleinement parti de ses différents travaux. Le Gouvernement devra avoir plus souvent recours à ses avis.

Ces trois institutions vont pouvoir désormais travailler ensemble de manière coordonnée, dans un même lieu, un lieu qui fait honneur à la place que doivent occuper la science et le savoir dans notre société. Construit - cela a été rappelé - lors de l’Exposition universelle, le Grand Palais symbolise l’ambition et l’aspiration à l’excellence qui sont au cœur de l’identité française. Sa structure en acier témoigne, comme la Tour Eiffel, de l’audace et du génie dont la France est capable lorsqu’elle sait rassembler ses forces autour d’un grand projet de progrès.

Pour ces raisons, nous avons voulu, avec Renaud Donnedieu de Vabres, assurer au Grand Palais les conditions de son avenir.

L’usure du temps avait commencé à fragiliser considérablement le bâtiment. L’Etat a déjà engagé plus de 100 millions d’euros pour sa réhabilitation. Aujourd’hui le bâtiment est consolidé, assis sur des fondations solides. La nef, désormais restaurée, a pu rouvrir ses portes en septembre 2005. Nous engageons maintenant une nouvelle phase de travaux avec la restauration des façades et les différents aménagements intérieurs.

Je suis conscient que la rénovation des emprises du Palais de la découverte constitue un des enjeux majeurs de la poursuite du chantier. L’avenir du Palais, son développement futur sont des sujets très importants. Comme vous le savez, Madame la présidente, Monsieur le directeur, j’ai demandé une mission d’inspection sur le Palais de la découverte. Elle a fait des propositions très intéressantes dont il faut discuter collectivement pour mieux préparer l’avenir. Je crois qu’il faut regarder attentivement la possibilité de construire un Partenariat Public Privé pour construire le Palais de la découverte du XXIe siècle. Des partenaires privés y sont intéressés, il faut en discuter avec eux.

Nous avons également rénové le fonctionnement du Grand Palais en le dotant d’un nouveau statut. Le décret du 25 janvier 2007 a ainsi créé l’Etablissement Public du Grand Palais des Champs-Élysées. Et je salue aujourd’hui son président, nouvellement désigné, Yves SAINT-GEOURS. Je sais le talent et la fidélité de ce grand serviteur de l’Etat. Je sais que vous n’aurez d’autre objectif, Monsieur le Président, que de faire palpiter ce cœur au centre de Paris afin de perpétuer sa tradition de lieu d’art et de culture, exigeant par ses productions et populaire par son ouverture au plus grand nombre.

*

2. Avec nos partenaires européens, nous nous sommes fixés un objectif ambitieux : faire de l’Europe l’économie de la connaissance et de l’innovation la plus compétitive du monde.

C’est un défi considérable. De lui dépend l’avenir de notre continent, notre croissance, nos emplois et le bien-être collectif des générations futures. Pour atteindre cet objectif, nous devons avoir trois exigences.

La première, c’est de mettre en place un système de recherche et d’innovation performant, capable de produire les connaissances les plus pointues, d’aboutir aux ruptures technologiques et aux découvertes les plus fécondes.

Pour cela il faut bien sûr des moyens. Nous avons consenti un effort financier considérable, tout en engageant une politique de désendettement énergique. Entre 2005 et 2007, ce sont 6 milliards d’euros supplémentaires et 6 000 postes en plus que nous aurons injectés dans la recherche publique française. Cet effort devra naturellement être poursuivi dans les années qui viennent et les entreprises privées devront s’y associer. Mais ne croyons pas que l’Etat seul pourra apporter l’ensemble des moyens supplémentaires indispensables. Si nous voulons porter nos dépenses de recherche à 3% du PIB, les entreprises devront prendre toute leur part à cet effort.

Nous devrons également poursuivre la modernisation des structures et des organisations. Dans ce domaine aussi, beaucoup a été accompli en quelques mois.

Nous avons créé des nouveaux instruments qui permettent de regrouper nos forces et de fédérer nos moyens. Je pense aux pôles de compétitivité, je pense aux réseaux thématiques de recherche avancée ou encore aux pôles de recherche et d’enseignement supérieur. La création de l’Agence Nationale de la Recherche, d’Oséo et de l’Agence de l’Innovation Industrielle permettront à ces nouvelles structures d’être plus efficaces et plus réactives.

La prochaine étape, c’est la réforme de l’Université qu’il faudra doter d’une gouvernance rénovée : un conseil d’administration restreint et plus ouvert sur l’extérieur, un président plus fort, une gestion des ressources humaines modernisée. Voilà les pistes qu’il faut explorer.

Pour être aux premiers rangs de la compétition internationale, notre pays devra pouvoir compter, dans dix ans, une dizaine de grands centres de recherche de niveau international, et une quarantaine d’universités de plein exercice maillant l’ensemble de notre territoire.

Notre seconde exigence, c’est de resserrer les liens entre le monde scientifique et le reste de la population.

Nous ne bâtirons pas l’économie de la connaissance en laissant se creuser un fossé entre la science et la société.

Les innovations se succèdent à un rythme de plus en plus intense. Nos concitoyens s’approprient de plus en plus rapidement les avancées technologiques. Mais certains se sentent dépassés et menacés face à la succession des nouveautés.

C’est pourquoi nous devons être attentifs à l’instauration d’un dialogue permanent entre les citoyens et ceux-là mêmes qui sont à la pointe des innovations. C’est une responsabilité collective qui implique tous les étages de la société : les hommes politique, les médias, les entreprises, les enseignants...

L’Académie des technologies, l’IHEST et le Palais de la découverte, ont tout leur rôle à jouer pour mener à bien cette mission. C’est pour cela qu’ils doivent en être en condition de fonctionner efficacement : des locaux adaptés, des statuts pertinents, des budgets qui doivent être à niveau.

Nous devons également oser aborder toutes les questions. Chaque fois que cela est utile, nous devons prendre le temps du débat et des explications, laisser un moment suffisant pour la confrontation des idées et des différents points de vue.

Nous l’avons fait en matière d’énergie, et notamment sur toutes les questions relatives au nucléaire : la gestion des déchets radioactifs, la nouvelle génération de réacteur nucléaire EPR, l’implantation d’ITER. Nous le faisons sur le dossier des nanotechnologies, avec les tables rondes qui seront organisées la semaine prochaine à la Cité des Sciences et de l’Industrie.

Nous disposons aujourd’hui de méthodes et de procédures efficaces pour mener ces débats. Je pense par exemple à la Commission Nationale du Débat Public sur les dossiers d’aménagement et d’environnement. Pourquoi ne pas étendre ses missions à d’autres problématiques ? J’y suis personnellement favorable, en complément aux expertises des autorités scientifiques.

Les nouvelles technologies de l’information joueront un rôle de plus en plus important dans ces processus. C’est pourquoi j’ai lancé des expérimentations pour mener les enquêtes publiques sur internet. C’est aussi pour cela que la lutte contre les fractures numériques, qu’elles soient géographique, générationnelle ou sociale, constitue une priorité. Le plan de raccordement du haut débit des communes rurales et l’opération Internet Accompagné apportent des réponses concrètes.

Pour éviter le divorce entre sciences et société, nous faisons aussi le choix d’une innovation maîtrisée, une innovation responsable.

C’est l’esprit de la charte constitutionnelle de l’environnement voulue par le Président de la République. Nous en avons fait un principe d’action.

Les Français sont en droit d’attendre une rigueur irréprochable sur toutes les expertises et les évaluations de risques. C’est bien ce que nous faisons avec les OGM. Aucune variété OGM ne peut être autorisée dans notre pays sans qu’ait été démontrée l’absence de risque pour la santé comme pour l’environnement. C’est aussi parce que nous faisons ce choix d’un développement technologique responsable que nous renforcerons notre capacité de recherche et d’expertise en toxicologie et en écotoxicologie. Une mission a été lancée pour la création d’une grande plateforme nationale dédiée à ces questions en Rhône-Alpes.

Notre troisième défi pour faire de l’économie de la connaissance une réalité, c’est celui des vocations scientifiques.

Nous assistons depuis plusieurs années à une désaffection des jeunes pour les études et les carrières scientifiques. En dix ans, le nombre d’inscriptions en premier cycle universitaire de sciences a ainsi chuté de 10%.En même temps, dans des pays comme la Chine ou l’Inde, le nombre d’ingénieurs et de chercheurs ne cesse de croître.

Deux priorités me semblent, dans ce domaine, incontournables :

-   La première c’est de donner le goût de la science aux plus jeunes. Ce fut, bien sûr, et c’est l’action du Palais de la découverte, à ce titre remarquable, tout comme l’opération « la main à la pâte » depuis dix ans. Mais nous devrons aller encore plus loin et proposer de nouvelles initiatives tout au long de la scolarité. Cela nécessite de réfléchir aux évolutions que cela impliquera, notamment pour la formation des professeurs des écoles.
-   La deuxième priorité, c’est de permettre à tous les jeunes qui ont la passion des sciences et qui veulent en faire leur métier d’aller jusqu’au bout de leur ambition. Dans les années à venir, les carrières de recherche devront être revalorisées. Est-il normal qu’un chercheur de haut niveau puisse aujourd’hui être payé deux fois moins en France qu’outre-Atlantique ? Nous avons fait des efforts significatifs pour améliorer la situation des doctorants en revalorisant de 16% les allocations de recherche. La prochaine étape devra consister à revoir les rémunérations des chercheurs et enseignants-chercheurs en permettant aux plus méritants de gagner beaucoup plus. Il faudra réfléchir notamment à la mise en place de mécanismes de compléments de salaires innovants faisant appel, par exemple, à des financements extérieurs. C’est incontournable pour rendre leur attractivité aux carrières scientifiques.

*

Mesdames, Messieurs, chers amis

Ce que vous avez montré en faisant aboutir ce projet, c’est que la France garde intacte l’ambition qui la guide depuis le siècle des Lumières : rester une terre d’excellence, rendre le savoir et la culture accessibles au plus grand nombre, mettre la science au service de l’homme et du progrès social. Oui, notre pays a toujours défendu une certaine idée de l’éducation alliant aspiration à l’excellence et défense de l’égalité des chances. Cette idée, nous ne devons pas y renoncer pour emprunter des raccourcis. Pour entrer de plain pied dans l’économie de la connaissance, la France doit investir dans la formation de tous les jeunes, elle doit encourager le plus grand nombre à faire le choix des carrières scientifiques, elle doit se donner le moyen de retenir le plus possible ses chercheurs dans ses universités et ses laboratoires. Je sais que ce sont des objectifs que tous ici nous partageons. Je sais que nous pouvons compter sur vous pour que notre pays les atteigne.

Je vous remercie.

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