Interventions du Premier ministre
Imprimer cette page 13-10-2006 00:00

Interview sur RFO Martinique

Bonsoir à tous, bonsoir M. le Premier ministre. Merci de nous accorder cet entretien. On connaît tous vos attaches avec la Martinique, une partie de la famille de votre femme est d’ici. Or, cela fait un an et demi que vous êtes Premier ministre et ce n’est que maintenant que vous venez nous voir, à six mois d’une échéance électorale très importante. Qui est-ce que l’on reçoit, c’est le chef du Gouvernement ou un probable candidat à l’élection présidentielle qui vient tâter le terrain ?

Non, c’est le chef de Gouvernement. Vous savez, je l’ai dit à tous nos compatriotes, je souhaite que le Gouvernement travaille jusqu’au dernier jour. Donc, c’est bien au service des Français, au service de la Martinique que je suis ici.

Vous annoncez le déblocage pour le logement social de 120 millions d’euros, c’est la mesure phare annoncée hier en Guadeloupe. Donc 120 millions d’euros pour les quatre départements d’Outre-Mer, Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion. Or, c’est la somme que demandait la Martinique pour elle toute seule, pour les trois ans qui viennent. Est-ce qu’il y aura d’autres gestes qui seront faits pour satisfaire nos élus qui sont quand même relativement déçus par cette annonce ?

Alors nous somme soucieux d’être au plus près des réalités du terrain. Je sais qu’il y a une préoccupation particulière en Martinique en ce qui concerne la rénovation urbaine, la réhabilitation et j’ai eu l’occasion avec le maire de Fort de France, ce matin, de voir les importants projets qu’il y avait ici à Fort de France. Donc, notre souci, c’est d’apporter des réponses au quotidien. Et j’ai pris une autre décision que j’ai annoncée, qui est une conférence annuelle sur le logement social Outre-Mer et ce sera donc l’occasion d’un rendez-vous d’ici quelques semaines, avant le début janvier 2007, où l’ensemble des collectivités, des opérateurs avec l’Etat, se retrouveront pour voir l’évolution des choses. Je crois que ce sont des domaines où il faut être pragmatique, ce sont des domaines où il faut apporter des réponses concrètes. Donc, croyez bien ; nous serons au rendez-vous du logement social. C’est véritablement notre souci.

Alors justement, l’un des problèmes évoqué par les opérateurs, c’est la dette que l’Etat contracte à leur égard, l’Etat doit actuellement 21 millions d’euros à tous ses opérateurs des logements sociaux, vous avez promis d’apurer cette dette au premier semestre 2007...

Premier trimestre !

...Premier trimestre 2007, c’est très bien, mais comment faire au-delà de cette promesse pour éviter que ce genre de chose ne se reproduise et ne mettre en difficulté ces entreprises ?

Cela fait partie aussi des mesures que j’ai annoncées. Nous devons avoir un pilotage politique et une organisation administrative qui nous permet d’éviter cela. Alors bien sûr, préserver la ligne budgétaire unique, faire en sorte que l’on puisse mieux connaître et mieux individualiser le fonctionnement et les crédits du ministère du Logement. Et la conférence annuelle permettra chaque année de faire un point très précis de ce qui est engagé en faveur du logement social. Donc, de ce point de vue, nous voulons pouvoir déterminer le montant des crédits de logement à l’Outre-mer en même temps que le montant des crédits pour la métropole. Vous le voyez bien, dans ce domaine du logement, comme pour l’emploi, la solidarité, la santé, ce que nous souhaitons, c’est que la politique qui a été mise en œuvre ne métropole puisse, au même moment et avec les mêmes résultats, venir au service de l’Outre-mer et de la Martinique.

Vous connaissez assez bien la Martinique pour savoir que nous avons également des problèmes avec nos hôpitaux qui sont plutôt mal en point, qui sont dans le rouge ; ils manquent de moyens, manquent de personnel, vétusté criante. Il y a aussi un manque de structures pour les personnes âgées dépendantes, les syndicats réclament un plan d’urgence. Comment peut on parler d’égalité sociale s’il n’y pas d’égalité médicale ? Que comptez-vous faire ?

Il faut faire plus, vous avez tout à fait raison. La situation actuelle n’est pas satisfaisante et c’est pour cela que dans le projet de loi de finances 2007, nous avons prévu une enveloppe pour les hôpitaux de 2,5 milliards supplémentaires. Et une partie de cette enveloppe ira à la Martinique. Nous sommes soucieux que cette égalité entre les territoires soit bien une réalité du quotidien. Nous connaissons tous les atouts qu sont ceux de la Martinique dans la qualité des personnes de santé, dans la qualité du personnel médical. Je veux que les infrastructures, que les moyens mis au service de la population soient les mêmes et en conséquence, il y a évidemment un effort de rattrapage à faire.

Vous avez fait de la lutte contre le chômage votre cheval de bataille, celui du Gouvernement, et c’est vrai que même si les chiffres sont alarmants, ils ont quand même baissé ; les chiffres du chômage ont baissé ici à la Martinique notamment grâce au plan de cohésion sociale. Sauf qu’il y a un problème, c’est que les jeunes, ici à la Martinique, n’ont pas bénéficié de cette baisse malgré le CNE. Est-ce qu’il y a des mesures spécifiques qui sont prévues pour eux ?

Alors, vous avez tout à fait raison, je suis dans l’obligation de constater que parmi les demandeurs d’emploi, il y a une augmentation de la proportion des jeunes. Il y a environ une augmentation autour de 10 % du nombre des jeunes de moins de 25 ans. Il faut donc faire un effort spécifique et c’est pour cela que l’effort que j’ai vu et qui est un effort qu a été engagé depuis 45 ans avec le régiment de service militaire adapté est si important. Puisque 80 % de ceux qui passent par ce service militaire adapté trouvent un emploi avec une formation ; ce que j’ai vu ce matin est tout à fait éclairant. Donc, dans ce domaine, il faut faire davantage et je veux adopter des mesures spécifiques qui permettront de s’adresser au chômage des jeunes ici, à la Martinique et plus généralement Outre-mer. Vous avez raison, la tendance est bonne mais il reste des points noirs, il faut que nous les traitions.

Lors de sa visite en mars dernier à la Martinique, N. Sarkozy avait proposé comme le souhaitaient beaucoup de chefs d’entreprise depuis des années que la Martinique devienne une zone franche globale, comme l’est la Corse depuis 1996. Est-ce que vous êtes favorable à ce dispositif et si oui quand est-ce qu’il sera mis en œuvre ?

Il y a une réflexion et une piste de réflexion intéressante et il faut continuer dans cette voie, il y a néanmoins des problèmes et des préoccupations que nous devons traiter. Si nous créons une zone franche unique, qu’adviendra-t-il des zones franches actuelles et des avantages qui sont les leurs ; il y a le risque évidemment d’une déperdition d’avantages. Deuxièmement, comment répondre aux besoins des collectivités si évidemment la baisse de revenus fiscaux s’accompagne de la création d’une telle zone franche. Donc vous le voyez, il y a toute une série de problèmes qu’il faut traiter. Donc poursuivons l’idée mais veillons à répondre à l’ensemble des préoccupations, il faut trouver des solutions qui soient à l’avantage de tous les Martiniquais.

Je vais continuer à égrener le chapelet des difficultés ; vous savez que le tourisme aussi a de gros problèmes, les hôteliers notamment qui ont du mal à joindre les deux bouts et qui sont inquiets. Ils demandent aussi bien à la Martinique, à la Guadeloupe qu’à la Réunion de pouvoir bénéficier d’exonérations de charges et de taxes. Qu’est-ce que vous leur répondez ?

Je suis particulièrement sensibilisé à cette question, je suis venu avec François BAROIN dont vous connaissez l’engagement au service de l’Outre-mer et de la Martinique, je suis venu aussi avec Léon BERTRAND qui a rencontré l’ensemble des professionnels du tourisme et notre préoccupation, c’est de bien inscrire dans la durée les recettes et le flux touristique, faire en sorte qu’ils puissent s’étaler sur l’ensemble de la saison. C’est effectivement une difficulté, cela implique d’accompagner le mouvement de création des infrastructures, cela veut dire aussi, accompagner la formation des personnels pour créer véritablement une situation qui soit à la mesure des qualités et des paysages. Aimé Césaire aimait à dire : « crier à beauté », « crier à la beauté », eh bien, véritablement, c’est vrai : quand on arrive à La Martinique, on a le souffle coupé devant une telle beauté, et je souhaite que, nombreux soient ceux qui puissent en profiter dans le respect bien sûr de ce qu’est celle île.

Un mot sur la banane : vous savez que les producteurs antillais sont également inquiets avec le nouveau système et la baisse des tarifs douaniers, ils craignent un déferlement de "la banane dollar " sur le marché européen, dans les mois qui viennent. Quelle est la marge de manœuvre de la France, quand on sait que l’OMC fait plus ou moins, la pluie et le beau temps dans cette affaire ?

La marge de manœuvre, elle existe, vous l’avez vu, et avec quelle vigilance nous agissons, sous l’égide du président de la République, avec Dominique BUSSEREAU et Christine LAGARDE, dans le cadre de l’OMC, nous avons défendu nos intérêts à Hong Kong, et nous allons continuer à le faire. En ce qui concerne la banane, j’ai rencontré hier, à la Guadeloupe, l’ensemble de la filière antillaise "banane", et nous avons le souci de continuer à accompagner ce secteur. Je sais tout le travail qui a été fait ; travail de modernisation, travail de regroupement aussi, à travers la création d’une union ; il faut aller plus loin, nous sommes quasiment en vue d’un accord avec la Commission. Il faut dans les dernières semaines vérifier que cet accord satisfait pleinement la filière. Et je crois pouvoir dire que nous allons dans la bonne direction et que les intérêts de la banane seront défendus. Vous savez que nous sommes particulièrement vigilants dans ce domaine.

Un mot également de l’immigration. La situation en Martinique est devenue très complexe, il y a eu certaines facilités par le passé, avec des gens qui ont pu obtenir des titres de séjour. Aujourd’hui, avec les lois Sarkozy, les boulons se resserrent au niveau de la préfecture. Sauf, que cela a créé des situations humaines très difficiles, très délicates. Y a-t-il éventuellement, une façon peut-être un peu plus souple de gérer ce genre de chose pour éviter ces drames, alors qu’il y a des gens qui sont là depuis des années et à qui on demande de partir ; on ne renouvelle pas leur titre de séjour.

Je suis très sensible à ce que vous dites, parce que nous savons tous ce qu’est l’esprit de la créolité, nous savons tous qu’il faut trouver le juste équilibre entre le droit, la justice, et beaucoup a été fait dans le domaine contre l’immigration irrégulière. Et c’est vrai que la situation de La Martinique est aujourd’hui meilleure. Mais il faut aussi prendre en compte le respect des personnes, le respect de la dignité, il y a un esprit créole et de La Caraïbe, et nous devons le défendre. Donc, à la fois, avec responsabilité, humanité, mais aussi, avec le souci de respecter nos intérêts et de faire vivre notre droit.

Deux questions encore. D’abord, pour en revenir à la politique. On sait tous qu’actuellement la situation est un peu tendue à l’UMP, même si vous prônez l’unité et que N. Sarkozy en fait de même, les rivalités sont bien là. Ne craignez-vous pas, si il y a une deuxième candidature, comme vous l’avez laissé entendre, la semaine dernière, que ce soit la vôtre ou celle de M. Alliot-Marie, que cela fragilise votre camp, au risque même, de le faire perdre pour l’élection présidentielle ?

Bien évidemment, nous sommes engagés au service de nos idées, et soucieux de tout faire pour que l’unité soit préservée et que la majorité puisse gagner. Mais vous savez, il y a, pour moi, chef de gouvernement, un objectif qui transcende tous les autres, et c’est le sens même de ma mission : servir nos compatriotes, aller jusqu’au bout de cette mission, être au service des Français jusqu’au dernier jour. Je le rencontre tous les jours en voyant nos compatriotes, et je l’ai vu sur le marché aux légumes, ici, à Fort-de-France, à travers les rues, dans l’accueil très chaleureux qui m’a été réservé : on attend que le Gouvernement travaille, on attend que le Gouvernement avance, et continue à marquer des points, dans le domaine de la lutte contre le chômage, sur les problèmes de santé, en matière de logement. Donc, c’est vraiment mon souci, être au service des Français, chacun trouve sa place, chacun se fixe son ambition. Ma responsabilité à moi elle est claire.

Donc vous verrez plus tard pour l’élection présidentielle ?

Je le dis : ma responsabilité est claire, je suis au service des Français.

Vous savez que les people jouent un rôle très important, actuellement, dans la pré-campagne, et aujourd’hui, c’est Yannick NOAH, qui a fait parler de lui, avec une déclaration fracassante reprise par tous les médias - c’était à la Une du Parisien ce matin. Il vous tresse des lauriers, en disant - je cite ses propos - que votre discours à l’ONU était "super classe", alors que N. Sarkozy s’est comporté comme "une balance a New York", en référence à son intervention, il y a quelques semaines sur les relations entre la France et les Etats-Unis. Est-ce vous aussi, ce jour-là, vous avez estimé que le ministre de l’Intérieur a été trop loin ?

Je crois qu’il ne faut pas comparer les situations qui sont différentes entre la situation historique de 2003, où j’étais - et j’ai eu cet honneur immense -, la voix de la France et la voix des espoirs de paix d’une partie des populations. Je crois qu’il y a une situation très particulière, j’ai beaucoup de respect pour le joueur de tennis et le chanteur qu’est Yannick NOAH, mais je crois qu’il faut savoir distinguer la politique du reste.

Sauf que cela vous donne un peu de baume au cœur, après les moments difficiles que vous avez traversés ces derniers mois ?

Le baume au cœur, c’est le résultat, c’est la rencontre du quotidien et c’est surtout la nécessité de faire avancer les choses. C’est cela, l’urgence que nous avons.

D. de Villepin, merci

Merci.

Le dossier sur le meme theme

Crise du logement : l’action du Gouvernement

Face à la crise du logement, le Gouvernement déploie son action à l’aide de trois grands outils : le Plan de cohésion sociale, le Pacte national pour le logement et la loi portant engagement national pour le logement. Ils ont permis à l’équipe gouvernementale d’agir pour augmenter l’offre, modérer les loyers et construire plus de logements sociaux. 2007 marquera également des évolutions dans le dispositif d’hébergements d’urgence. Prévu pour 2008, un droit au logement opposable est actuellement en (...)
11-01-2007 19:21
Crise du logement : l’action du Gouvernement

Chantiers

Logement

La relance d’une politique de l’habitat diversifiée
11-01-2007 00:00
En savoir plus sur Logement

Accueil ThématiqueToute l'information gouvernementale en continuLes chantiersLe GouvernementParticipez aux forums
République Française   |   SIG © 2006   |   Plan du site   |   Infos Site   |   Version Mobile   |   Màj : 04/06/2007, 14:14