Interventions du Premier ministre
Imprimer cette page 1er-03-2007 12:52

19e Conférence de presse mensuelle

Mesdames, Messieurs,

Je me réjouis de vous accueillir aujourd’hui, ici, à Matignon, à l’occasion de ma 19e Conférence de presse mensuelle.

1. Permettez-moi pour commencer d’aborder avec vous trois sujets qui sont au cœur de l’actualité de ces derniers jours.

Le premier, c’est le chômage. Vous le savez, les chiffres du mois dernier sont stables, avec toutefois une baisse du nombre de chômeurs de longue durée et des jeunes chômeurs, qui sont deux priorités du gouvernement.

Par ailleurs, la tendance de fond reste bonne. Au total, en 19 mois, le nombre de demandeurs d’emploi a diminué de plus de 15 %. Avec 380 000 chômeurs de moins, le taux de chômage est passé de 10,2 à 8,6 %.

Cela montre que nous devons poursuivre nos efforts et mettre toutes nos forces dans la bataille pour l’emploi. C’est indispensable si nous voulons atteindre dans le courant de l’année 2007 l’objectif de 8% de taux de chômage que nous nous sommes fixé. Je resterai jusqu’au dernier jour le Premier ministre de la bataille pour l’emploi.

Le deuxième sujet d’actualité, c’est Airbus.

A l’origine, je tiens à le rappeler, le pacte d’actionnaire négocié en 2000 ne prévoit pas de contrôle ni de participation directe de l’Etat dans la gestion de l’entreprise. C’est dans ce cadre que nous devons travailler aujourd’hui, pour apporter les meilleures réponses aux défis industriels qu’Airbus doit relever.

Quel est notre objectif ? C’est de faire passer un cap important à une entreprise vitale pour notre pays, garantir sa compétitivité, lui ouvrir des perspectives nouvelles pour l’avenir.

Au mois de novembre, le lancement de l’A350 était encore incertain, l’ensemble de la filière aéronautique française était fragilisé. Aujourd’hui, nous avons commencé à redresser la situation :

Nous avons pris des mesures rapides pour conforter la filière industrielle. Lundi prochain, une charte de confiance sera signée à Toulouse entre Airbus et les sous-traitants. Des avances remboursables seront mises en place pour les PME du secteur, pour un montant de 80 millions d’euros. Nous renforcerons les capacités technologiques de la filière en nous appuyant sur l’Agence pour l’innovation industrielle et les pôles de compétitivité.

Ensuite, les grands actionnaires du groupe, français et allemands, ont pris une décision majeure : lancer l’A350. Ce projet permet d’assurer à la société un véritable avenir industriel. C’est la clé du maintien d’une industrie aéronautique forte en Europe.

Enfin, Louis Gallois a annoncé un plan de compétitivité pour surmonter ces difficultés économiques, le plan Power 8. C’est un plan nécessaire pour sortir définitivement de la situation d’incertitude et pour préparer l’avenir. Il revient aujourd’hui à l’entreprise de préciser le contenu de ce plan et de tracer les grandes perspectives d’avenir du groupe. Je souhaite qu’un véritable dialogue puisse être mené avec les partenaires sociaux sur ces sujets.

Je mesure pleinement les inquiétudes que ces annonces ont suscitées parmi les salariés et les élus des territoires concernés. Ces inquiétudes sont compréhensibles, elles touchent des gens qui aiment passionnément leur entreprise et qui l’ont servi avec coeur. Le Gouvernement a fixé quatre exigences, sur lesquelles il sera particulièrement vigilant :

La première, c’est qu’il n’y ait aucun licenciement sec. A la suite des entretiens que nous avons eus ensemble, Louis Gallois a confirmé hier que ce serait le cas.

La seconde exigence, c’est que chaque site ait un avenir industriel garanti. Il y a sur ce point des interrogations, notamment à Méaulte. Je veux le dire très clairement : ce site doit rester un centre d’excellence aéronautique. Pour cela, il y a deux conditions. La première, c’est qu’Airbus reste un partenaire essentiel à Méaulte, tant sur le plan financier que technologique. La seconde, c’est que les investissements stratégiques soient réalisés, notamment pour évoluer vers les matériaux composites. Ces investissements seront réalisés. L’Etat mobilisera tous ses outils de politique industrielle pour encourager et pour faciliter ces investissements.

Car c’est bien la troisième exigence qui est au cœur de la politique industrielle du gouvernement : investir dans l’innovation et dans la recherche, apporter tout le soutien nécessaire de l’Etat et des collectivités publiques pour aider les entreprises à franchir de nouveaux caps technologiques. L’Etat s’engage donc à débloquer 100 millions d’euros supplémentaires pour la filière composite, qui est décisive pour l’avenir aéronautique français. Ces 100 millions seront financés par redéploiement au sein du budget de l’Etat et par les autres outils de politique industrielle. J’ai demandé à François Loos d’expertiser immédiatement, en liaison avec Louis Gallois et les autres acteurs industriels, les modalités concrètes d’emploi de ce financement. L’Etat prend toute sa part. Je souhaite que chacun suive cet exemple et que les régions notamment apportent leur concours. En faisant ce choix, je veux réaffirmer le rôle stratégique de l’Etat dans la préparation de l’avenir économique de notre pays. Il n’a pas à se substituer aux entreprises, mais il doit être un soutien pour elles. Telle est la conception que je me fais d’une politique industrielle ambitieuse. Telle est la conception que je me fais du patriotisme économique. Comme toutes les autres grandes puissances économiques, comme l’Allemagne, comme les Etats-Unis, la France dans la mondialisation doit faire de la puissance publique un atout pour la compétitivité de ses entreprises.

Enfin la quatrième exigence, c’est la défense des intérêts des sous-traitants. Vous savez que nous sommes fortement engagés dans ce domaine.

Vous le voyez, le Gouvernement prend toutes ses responsabilités dans le dossier Airbus : responsabilités sur le plan de la défense de l’emploi, responsabilités à l’égard des PME du secteur, responsabilités pour préparer l’avenir industriel et technologique du pays. C’est la seule voie efficace et concrète pour que la France se tienne aux avant-postes de la compétition internationale dans ce secteur.

Enfin, le troisième sujet d’actualité que je souhaite aborder aujourd’hui avec vous, c’est la situation des sans domicile fixe du canal Saint-Martin.

Vous connaissez ma détermination pour apporter une solution à chacun des mal-logés dans notre pays. J’en ai pris l’engagement personnel et cet engagement sera tenu.

Nous avons adopté, avec Jean-Louis Borloo, la loi portant création du droit au logement opposable. Elle sera appliquée dès le 1er décembre 2008 pour les personnes les plus fragiles ;

Nous avons réalisé un effort sans précédent pour augmenter le nombre de logements construits : 410 000 logements mis en chantier en 2005, 430 000 en 2006, ce sont -faut-il le rappeler ? - les meilleurs chiffres depuis 25 ans ;

Enfin, nous avons pris des mesures fortes pour améliorer l’accès au logement. Je pense à l’extension du prêt à taux zéro et au programme de maisons à 100 000 euros que nous avons lancé. Je pense aussi à la garantie universelle logement qui permet désormais aux locataires qui ont les revenus les plus modestes de bénéficier d’une caution de l’Etat.

En ce qui concerne l’hébergement des sans domicile fixe, le Gouvernement, à travers Catherine Vautrin, est pleinement mobilisé pour trouver une solution pour chacun, une solution qui prenne en compte le parcours et les difficultés de chaque individu, une solution qui permette à chacun de s’en sortir. C’est un devoir moral pour notre société toute entière, une exigence de responsabilité et de solidarité.

Plus de 600 nouvelles places de stabilisation pérennes fonctionnant 24 heures sur 24 seront ouvertes à Paris et en Région parisienne d’ici le 1er juillet prochain. Cette capacité sera portée à 1200 d’ici la fin 2007.

En attendant l’ouverture progressive de ces places, nous avons notamment utilisé le Fort de Nogent. Une centaine de sans domicile fixe y sont d’ores et déjà hébergés.

Je profite de cette occasion pour saluer l’engagement et le travail des associations : le Samu social de Paris et son président, Xavier Emmanuelli, l’Armée du salut, Emmaüs et l’association Cœur des Haltes, mais aussi les Enfants de Don Quichotte, qui ont alerté l’opinion sur la situation des sans domicile fixe. Leur action et leur détermination méritent d’être reconnues.

Je voudrais également vous dire quelques mots sur la situation internationale et sur le risque terroriste.

L’attaque qui a coûté la vie à quatre de nos concitoyens en Arabie Saoudite le confirme : la violence et les tensions sont aujourd’hui plus vives que jamais dans certaines régions du monde. Je veux que chacun sache que tout est mis en œuvre en liaison avec les autorités saoudiennes pour identifier et interpeller les auteurs de ce crime. J’ai aussi une pensée émue pour nos trois compatriotes qui oeuvraient pour les jeunes des favelas de Rio de Janeiro et qui ont été assassinés au Brésil.

S’agissant de la menace terroriste, nous prenons toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des Français, à l’étranger comme sur l’ensemble du territoire national.

J’ai donné des instructions pour renforcer la sécurité de nos ressortissants à l’étranger et pour améliorer l’efficacité de notre système d’alerte en ce qui concerne leurs déplacements.

Nous pouvons aussi nous appuyer sur la coopération internationale. La France y prend toute sa part avec ses partenaires.

Enfin, le plan Vigipirate est aujourd’hui au niveau d’alerte rouge. C’est le niveau adapté à la menace actuelle. Des réunions de travail ont lieu régulièrement à Matignon pour évaluer la menace et adapter notre dispositif.

2. Vous me permettrez maintenant de m’exprimer avec beaucoup de liberté sur l’avenir de notre pays.

Depuis deux ans, j’ai fait avec le gouvernement des choix collectifs difficiles mais nécessaires pour la France. J’ai la conviction que ces choix doivent être poursuivis pour garantir notre modèle social. Je l’ai dit lundi dernier devant le Conseil économique et social.

Ce choix, c’est d’abord le choix de l’emploi. Mon gouvernement a jeté les bases d’un véritable redressement français dans ce domaine. Pour atteindre notre objectif d’un taux de chômage de 6 % à l’horizon 2010, nous devons poursuivre dans cette voie. Nous devons construire une vraie flexi-sécurité à la française, améliorer encore la reprise d’emploi, mieux articuler le salaire minimum, la prime pour l’emploi et les allègements de charge.

Le deuxième choix que nous avons fait, c’est celui de la compétitivité des entreprises : des règles simples, des règles stables et lisibles, davantage de souplesse et de réactivité, un effort accru en faveur de l’innovation, voilà ce dont nos entreprises ont besoin pour tenir leur rang dans la compétition économique mondiale. Voilà comment nous parviendrons à créer davantage de richesses pour tous les Français.

Notre troisième choix, c’est celui de l’égalité des chances et de l’éducation. Parce que c’est bien sûr un principe qui est inscrit au cœur de notre République, un principe qui fait l’honneur de notre pays, parce que c’est aussi un principe indispensable dans le monde de demain : la France a besoin de tous les talents et de toutes les compétences pour réussir.

Enfin, dernier choix : le désendettement. La dette appauvrit les Français. La dette pèse sur l’avenir de nos enfants. La dette compromet la pérennité de notre système de santé et de notre système de retraites. L’impératif du désendettement doit aujourd’hui dépasser les clivages politiques et faire l’objet d’un accord au-delà des partis.

Tous ces choix, ils supposent des décisions politiques fortes, des décisions courageuses. Ouvrons les yeux sur le monde tel qu’il est : regardons les nouvelles puissances économiques qui émergent, regardons nos voisins européens qui engagent des réformes majeures. Les autres pays ne nous attendront pas pour avancer. Si nous voulons donner à la France la place qui doit être la sienne, l’une des toutes premières dans le monde, nous ne pouvons pas nous en tenir au statu quo.

C’est mon rôle de Premier ministre de tirer les leçons de l’expérience et de dire la vérité aux Français sur la situation de notre pays.

Oui, nous avons des atouts exceptionnels. Oui, nous avons des forces sur lesquelles nous pouvons nous appuyer. Je pense à la position géographique de la France, à son ouverture naturelle sur le monde, à la qualité de nos salariés, à notre système de services publics. L’attractivité de notre territoire en fait la troisième destination mondiale pour les investissements étrangers, ce qui a permis la création de 40 000 emplois en 2006. La prochaine conférence de la croissance, que je réunirai avec Thierry Breton mardi prochain permettra de valoriser l’ensemble de ces atouts.

Mais nous avons aussi des faiblesses. Trop de personnes restent encore à l’écart du marché du travail. La gestion de notre système de solidarité doit gagner encore en rigueur. La définition du périmètre des services publics auxquels nous tenons et sur lesquels nous devons investir massivement doit faire l’objet d’une entente entre tous les Français.

Les choix que ce gouvernement a faits permettent de répondre à ces questions. Mais ils doivent être poursuivis avec détermination. Ils doivent être enracinés dans le temps. C’est bien l’orientation qu’a prise ma famille politique et je m’en félicite. Elle est la seule à l’avoir fait avec autant de clarté.

Au-delà de ces grands choix politiques que je veux défendre, il y a quelque chose à quoi je suis particulièrement attaché. C’est la consolidation de l’esprit de notre nation.

L’esprit de la nation française, c’est d’abord et avant tout la liberté. La liberté de construire des projets et de réaliser ses ambitions. La liberté de bouger, d’aller à l’étranger découvrir d’autres horizons. La liberté de tenter sa chance partout sur notre territoire.

Lors de chacun de mes déplacements, j’ai pu mesurer l’énergie et la passion qui animent les Français. A Tours, à Dijon, à Nice, en Lozère, dans le Maine-et-Loire, partout j’ai vu de l’enthousiasme et du dynamisme. Partout, j’ai vu des hommes et des femmes qui se battaient pour réaliser leurs rêves, des talents qui ne demandaient qu’à s’exprimer.

Alors appuyons-nous sur ces ambitions pour construire notre avenir. N’enfermons pas la France dans des carcans : encourageons l’initiative, donnons plus de chances à notre pays, faisons confiance aux Français pour entreprendre et pour réussir. Ne cédons pas au pessimisme et aux réponses à courte vue. Ayons le courage de viser loin et d’ouvrir des perspectives pour chacun.

L’esprit de la nation française, c’est aussi la solidarité.

Ne nous y trompons pas : la solidarité française, ce n’est pas une solidarité jalouse. Ce n’est pas une solidarité du nivellement où chacun épie l’autre pour s’assurer qu’il n’obtient rien de plus que lui. Ce n’est pas une solidarité injuste qui décourage le mérite. Ce n’est pas une solidarité fondée sur l’assistance, qui enferme les individus et leur ôte toute perspective d’avenir.

La solidarité française, c’est au contraire une solidarité de la main tendue pour aider les plus faibles à prendre confiance dans n leurs capacités. C’est une solidarité généreuse qui ne laisse personne au bord du chemin. C’est une solidarité active qui tire chacun vers le haut et l’encourage à donner le meilleur de lui-même.

L’esprit de la nation, c’est enfin l’ouverture aux autres.

Quand je dis "ouverture aux autres", je veux d’abord dire l’ouverture aux autres pays.

Apprenons des expériences étrangères. Soyons capable de tirer les leçons des succès et des échecs de nos partenaires et en particulier de nos partenaires européens.

Porter notre regard au-delà de nos frontières, cela ne veut pas dire perdre notre identité, bien au contraire. Ce n’est qu’en nous ouvrant aux autres que nous serons nous-mêmes. Ce n’est qu’en comprenant la marche du monde que nous pourrons tracer notre propre voie, une voie française faite d’audace et de générosité, de dynamisme et de solidarité.

L’ouverture aux autres, c’est aussi l’ouverture aux plus démunis, à tous les peuples qui souffrent de l’injustice et du mépris.

Nous le voyons aujourd’hui, les fractures de la planète nourrissent les haines et les rancoeurs. Elles favorisent les crises régionales qui font le lit du terrorisme.

Depuis bientôt 12 ans, la France a su faire entendre avec force une voix différente dans le monde, qui a porté l’espoir et la justice pour les peuples. Cette voix, ne la laissons pas s’affaiblir. Oui la France porte un message de paix et de tolérance, oui elle est attendue et entendue dans le monde. Donnons à notre pays les moyens de se faire entendre. Retrouvons l’esprit d’audace qui a toujours fait de la France un modèle de réussite et de générosité.

Je vous remercie.

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1er-09-2005 00:00
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